Appel pour une 6e République

Une réunion publique s’est tenue hier au stade Japy avec Marielle de Sarnez, députée européenne et conseillère de Paris, Didier Bariani, conseiller de Paris et André Santini, député-maire d’issy-les-Moulineaux autour de Jean-Christophe Lagarde, député-maire de Drancy, et auteur de l’appel.


En voici le compte-rendu, avec un grand merci à Jean-Christophe pour la clarté et la justesse de son intervention.

C’est une chose curieuse de souhaiter aujourd’hui un changement constitutionnel alors que le débat n’a pas envahi la place publique. De fait, la question centrale n’est plus aujourd’hui la stabilité de la décison politique mais bien la possibilité pour les Français de participer à cette décision politique. Alors que nous sommes de plus en plus informés, alors que les décisions doivent être prises de plus en plus vite, nous sommes de plus en plus écartés de la prise de décision et les contraintes que celle-ci nous impose sont donc de plus en plus mal vécues.

Le prochain rendez-vous présidentiel ne doit pas être encore le moment où l’on déroule des catalogues de promesses non tenues, que les socialistes affectionnent particulièrement, où il est dit qu’il suffit d’augmenter le SMIC, qu’il suffit de combler le trou de la sécu, qu’il suffit de… ne pas parler de ce qui permet de se forger un conscience politique.

Première prise de conscience : nous sommes dans une sorte de monarchie où le Président de la République concentre tous les pouvoirs, sans aucun contre-pouvoir, où il choisit de gouverner selon son bon plaisir, d’apparaître au balcon selon son humeur, et même de se gausser d’être le « sphynx »… Il ya un article constitutionnel essentiel à changer : il faut que le Président soit celui qui gouverne, et que cela soit écrit.

Deuxième prise de conscience : Le Parlement pèse pour très peu dans la décision politique. Lorsqu’un parlementaire souhaite promouvoir une mesure et la faire voter, ce ne sont pas ses collègues qu’il doit convaincre mais seulement le conseiller du ministre, un haut fonctionnaire qui devrait normalement conseiller le ministre suivant, de même qu’il conseillait son prédécesseur. Il faut que le Parlement pèse effectivement sur la Loi. Pour cela, il faut qu’il ait la maîtrise de l’ordre du jour : sur quelles propositions de loi on délibère et quand. Aujourd’hui, il ne peut participer ni préparer les délibérations car non seulement il ne maîtrise pas l’ordre du jour, c’est le gouvernement qui décide, mais en plus l’ordre du jour communiqué n’est pas respecté, à plusieurs jours près. Il faut aussi qu’il représente la Nation : à l’assemblée nationale, 70 % de fonctionnaires et 10 % de femmes sont censés représenter la France. L’UDF propose qu’une partie des députés soit élue à la proportionnelle afin de permettre à des profils de personnes et à des étiquettes politiques absents à ce jour de contribuer à la prise de décison politique.

Enfin, il faut des instances d’arbitrage (le CSA, le conseil supérieur de la magistrature…) dont les présidents soient nommés pour leur compétence et non seulement par connivence.

Le prochain rendez-vous électoral ne doit pas être encore un rendez-vous pour rien, où les promesses défilent sans que les rouages de la prise de décision ne soient mis au défi. Il faut qu’il marque le pas pour que la voix de Français soit entendue pendant cinq ans et non tous les cinq ans.

4 comments to Appel pour une 6e République

  • charles

    Madame,

    "De fait, la question centrale n’est plus aujourd’hui la stabilité de la décison politique mais bien la possibilité pour les Français de participer à cette décision politique" dites-vous….outre le fait que vos propos ne sont pas très originaux ils ne peuvent de plus, que me laisser rêveur…

    En effet la construction europpéenne, telle que nous la connaissons, aboutit
    depuis l’Acte Unique Européen (1987) à un transfert de souveraineté…processus qui a connu une aggravation avec les traités de Maastricht, d’Amsterdam ou de Nice….
    Il ne peut y avoir "démocratie" sans souveraineté (l’explication serait un peu longue…) dès lors je ne vois guère comment les français pourraient participer à une décision politique…décision qui se prend de plus à Bruxelles…
    J’ajoute que les français n’ont jamais manifesté une adhésion réelle à la construction européenne : il n’y a qu’à voir les taux d’abstentions massifs qu’il y a toujours eu aux élections européennes (53% environ lors de celle de 1999) et ceux dès les élections de 1979…

    J’ajoute enfin que vous appartenez à un parti politique (l’UDF) qui se veut "le plus européen", depuis Jacques Duhamel, Giscard etc…il est donc très paradoxal que l’UDF se soucie de ce genre de choses…

    Peut-être y at’il un effet de mode ?

    Cordialement,

  • Christelle de Crémiers

    Merci pour ce commentaire très construit. Si l’on devait résumer l’engagement des militants et des élus UDF en un mot ce serait bien « démocratie », comme le nom l’indique du reste. Cela se retrouve dans tous les programmes de l’UDF et même dans son fonctionnement interne. Je le dis d’expérience, les militants UDF, comme les députés, ne sont pas des godillots. Certes, la discipline du parti bat parfois de l’aile, mais au prix d’une réelle liberté de pensée. Il n’y a pas de culte de l’autorité, de l’image du chef, qui correspond à une autre sensibilité politique, et cela se réflète dans les meetings, relativement simples et sobres. Cet attachement profond à la démocratie se traduit aussi par la conviction que chaque individu est responsable, de son vote bien sûr, mais aussi de ses choix. C’est pourquoi les UDF ont systématiquement le réflexe du dialogue. Il faut parler avec les gens car on ne peut pas savoir à leur place ce qui est bon pour eux, et inversement, on est capables de comprendre le besoin exprimé. Tous les partis ont une idéologie, celle de l’UDF est celle de croire au dialogue et à la responsabilité des individus, ce qui explique que l’attachement à la démocratie soit autant au premier plan. Viennent ensuite les convictions européennes. Ceux qui souhaitent la construction européenne, et j’en suis, pensent que c’est la seule voie possible pour que la France ne devienne pas une province américaine. En synthèse, le rêve d’un UDF est une construction approfondie démocratiquement de l’Europe.

  • charles

    Chère Madame,

    Vous parlez de "démocratie" mais je ne sais pas très bien ce que signifie le mot "démocratie" aujourd’hui en 2006….
    Quand la quasi-totalité des médias (presse écrite, radiophonique et télévisuelle) font campagne pour le "oui" lors de la ratification de la "constitution europpéenne" et s’emploie à diaboliser les tenants du "non", il y a de quoi rester rêveur…
    Ainsi le journaliste Thomas Hugues (TF1) félicitant Simone Veil de son entrée en campagne "pour défendre le oui" avait quelque chose de très savoureux..

    Les exemples seraient innombrables..ce processus pris sa genèse lors de la ratification du traité de Maastricht ou jacques delors ordonna à Philippe Séguin "de changer d’opinion ou d’abandonner la vie politique" (meeting de Quimper, 31 août 1992) (exemple parmi d’autres bien évidement…)

    Vous parlez ensuite de l’UDF….le problème de l’UDF est que ses idées sont appliqués en France depuis 20 ans, depuis 1983 pour être précis…
    Il me semble que Jean-Pierre Raffarin était UDF jusqu’en 2002, puis celui-ci est devenue PM de J Chirac. Donc les idées de l’UDF était au "pouvoir" d’une certaine manière…
    Tous les partis de gouvernement disent la même chose concernant l’Europe…
    Mais pour en revenir à votre message initial (la 6ème république..) il me semble que l’UDF n’a rien à gagner à courir derrière….Arnaud Montebourg et sa clique…
    La vieille "haine historique" des socialistes contre la personne de Charles de Gaulle et son oeuvre peut se "comprendre et s’expliquer"…mais l’UDF ?

    "Nous avons remis ce qu’il fallait de monarchie dans cette république" (Ch. de Gaulle 1958). Cette phrase est très juste et très vrai (elle demanderait de très long développement…). Elle indique qu’il faut un principe d’Autorité et d’Indépendance pour pouvoir diriger efficacement un pays. Et ce sont bien les individus ou "l’élu" qui l’incarne..

    Enfin je suis bien obligé d’avouer que je suis en désaccord radical avec vous, concernant le fait que, pour vous : "la construction européenne, et j’en suis, pensent que c’est la seule voie possible pour que la France ne devienne pas une province américaine".
    La seule présence de l’OTAN sur le "territoire européen" en constitue déjà un bon indicateur. (il y aurait beaucoup d’autres choses à dire…)

    "l’Europe aspire à être dirigé par une commission américaine, tout l’y conduit"

    Paul Valéry (1937)

    Bien à vous,

  • don_quichotte

    Ok pour une 6e République, pourvu qu’elle soit démocratique … et démocratiquement constituée !
    Pouvez-vous nous dire (ou quelqu’un à l’UDF pourrait-il le faire?) si les suggestions présentées à la page suivante pourraient être en concordance avec votre idée d’une 6e République démocratique ? :
    voir page : gonic.lyon.free.fr/vote_a…

    Merci de votre attention à ce sondage

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