Tôlier un jour, tôlier toujours

J’ai réalisé plusieurs stages comme ouvrier, dans le bâtiment principalement. Le dernier en date c’était comme opérateur tôlerie dans une usine automobile. A part des bleus et des ongles cassés, j’ai retenu deux choses : que de trop nombreux salariés n’étaient pas à leur place, avec l’esprit agile, la tête pleine de rêves, même après plus de dix ans au même poste, avec un ascendant naturel sur leurs collègues, et que leur seule issue pour bâtir un avenir c’était de monter leur affaire.


Cela fait longtemps que l’école n’assure plus l’égalité des chances. De plus en plus de jeunes sortent du système scolaire sans grand chose en poche. Mais ce qui me semble le plus grave, c’est qu’ils en sortent « etiquetés ». Dans notre société française, même à 75 ans on est encore « ancien élève de… ». Les études que l’on a eu la chance ou l’occasion de faire déterminent très tôt et pour toute la vie un statut dans la société. Pour ma part, je crois que tout acquis doit toujours être remis en question, mais là n’est pas le plus grave. Le problème est que, bien plus souvent, la case qui nous échoit à 20 ans, et dont on ne se débarrassera pas, c’est « sans études », ou « CAP », ou « sans bac »… alors même que l’on a toutes les capacités pour diriger une équipe, innover, organiser, encore faut-il que l’on ait l’opportunité de le montrer.

Dans le cas de mes anciens collègues tôliers, les origines étrangères à l’évidence accentuaient ce déterminisme. Dans leur cas, même le système scolaire de notre République, avec toutes ses faiblesses, n’avait pas eu le temps de dire son mot. Ils étaient arrivés, mineurs, dans un bateau. C’était déjà bien qu’ils soient intégrés, qu’ils parlent français, qu’ils aient un travail stable. Mais pour la collectivité, ils pouvaient donner beaucoup plus. De fait, ils rêvaient de monter leur affaire… et de créer des emplois.

L’école ne peut pas toujours rattraper les erreurs de la vie ou d’elle-même. La société a besoin d’une soupape, qui puisse s’activer à tout moment dans la vie : la liberté d’entreprendre. Seulement voilà, notre pays est parmi les 10 derniers de l’OCDE en termes de pérennité des petites entreprises. Visiblement, pour les gouvernants qui se succèdent depuis un quart de siècle, l’important est ailleurs : parmi les 10 % qui sortent des grandes écoles, qui siègent dans les conseils d’administration des entreprises du CAC 40 (qui étaient déjà là il y 50 ans) ou qui pantouflent dans les ministères.

2 comments to Tôlier un jour, tôlier toujours

  • Patounet

    En France, les entreprises naissent trop peu et meurent trop vite. Le résultat en est un déficit d’entreprises évalué à un million par rapport à l’Angleterre. Dans la pyramide des tailles, ce sont les moyennes entreprises qui manquent le plus. Le paysage français est celui de la "haute futaie" où les grandes entreprises dominent un sous-bois parsemé d’une multitude de petites et très petites entreprises. Ce n’est pas le cas des pays anglo-saxons en particulier, où les grands arbres forment classiquement ombrelle pour un taillis luxuriant d’entreprises. Pourquoi une telle différence ?
    Une première idée vient immédiatement à l’esprit, qui fait actuellement l’objet de recherches : les grands champions nationaux, en France, au lieu de favoriser et protéger leurs concurrents plus petits, en donnant classiquement des structures sectorielles équilibrées, les tuent.
    Les mécanismes en jeu relèvent d’une naturelle stratégie d’entreprise (rachats, barrières d’entrée, marchés captifs), particulièrement "efficace" en France, car se déroulant dans une structure déjà déséquilibrée, avec le soutien décisif et le renfort actif des pouvoirs publics et des institutions (associations patronales, syndicats et banques).
    Comme le dit un professeur américain d’Economie politique, ce n’est pas son modèle social qui plombe la France, mais son modèle économique.
    En somme, la France ne souffrirait ni d’un excès de socialisme, ni d’un excès de libéralisme. Mais elle souffrirait d’un mal atavique, le corporatisme colbertien, qui entrave et décourage la libre entreprise. C’est le défaut d’entreprendre librement, par création ou développement, qui serait responsable du manque de dynamisme de l’économie française, de sa croissance molle, avec son cortège de conséquences néfastes bien connues : démotivation, immobilité sociale, pauvreté croissante, fiscalité difficile …

  • A Paris C Gratuit

    Bonjour
    J’anime une communauté de parisiens qui militent pour la gratuité de certains services pour tous sans conditions d’âge ou de situation sociale. A l’occasion des élections nous souhaitons connaître votre position sur ce sujet et nous vos demandons de bien vouloir réagir aux propositions suivantes :
    Culture. Pour rendre la culture accessibles à tous :
    -musées (et expositions au sein de ces musées) gratuits
    -scènes nationales : au moins une représentation gratuite à chaque spectacle
    Nouvelles technologies. Pour replacer la France en tête des pays à la pointe du progrès
    -gratuité des accès internet
    Éducation Gratuité de TOUS les manuels scolaires du primaire à la Terminale
    Formation ( hors circuit scolaire ou universitaire) Pour permettre une plus grande mobilité professionnelle :
    -gratuité des formations pour adultes (cours municipaux, cours dela Chambre de Commerce et de l’Industrie, formation professionnelle …)
    Envirronnement Pour réduire la circulation des voitures
    -gratuité des transports en commun.
    Merci de votre réponse. Elle sera publiée sur le blog <http://www.apariscgratuit.blog.f...
    Cordialement
    DLD

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