Libérer les talents

C’est difficile d’imaginer quelque chose de complétement nouveau. Ritournelle de gauche : augmenter le SMIC, augmenter les moyens de l’Education nationale, ritournelle de droite : baisser les charges sur les salaires, baisser les impôts… ce sont autant de promesses électorales qui, si elles se réalisaient, ne seraient que des cautères sur une jambe de bois. Les raisons de l’immobilisme de notre pays me semblent être ailleurs, dans un domaine très rarement exploré, même pendant cette campagne présidentielle trépidante.


Nous ressentons tous cet immobilisme social dans notre quotidien, nous avons fini par le vivre comme quelque chose qui va de soi, et donc nous avons oublié de poser les bonnes questions.

Quand je demande pourquoi en France, pays de 2 600 000 entreprises, il y a DIX fois moins de PME que chez nos voisins allemands, pourquoi il n’existe chez nous que des Très Petites Entreprises ou des grands groupes, on me repond invariablement que c’est la faute des charges. La densité du tissu des PME françaises m’intéresse beaucoup car je pense que la clé de l’innovation, du dévelopement et de l’emploi réside précisément dans la capacité d’une économie à accepter l’émergence d’un ensemble consistant de moyens-bons, au lieu de se contenter de la simplicité dangereuse d’un champion national et d’une myriade de tout petits.

Quand je demande à des employeurs comment ils embauchent, ils me répondent à l’unanimité « sur diplôme », quelque soit le poste. Or notre système de formation est tendu vers un seul objectif : produire les 10 % d’une classe d’âge aptes à intégrer une grande école, puis aptes à servir dans un grand groupe du CAC40. La question suivante, que je me mets dans la poche, c’est que deviennent les autres ? Et tous ceux qui n’ont pas saisi le premier coche ? Et tous ceux qui n’ont pas saisi leur coche, selon leur talent, selon la vie, qui fait que l’on peut être très démotivé à 20 ans et très motivé à 40 ? Comme le note Patrick Fauconnier dans son livre « La Fabrique des meilleurs », Seuil, seuls 38 % d’une classe d’âge obtiennent ce diplôme supérieur qui peut les laisser espérer accéder à l’eldorado du bon emploi, et encore, sauf pour les 10 % premiers, le fameux bac + 5 ne garantit plus l’emploi.

Aujourd’hui, la mondialisation impose non pas de sélectionner les meilleurs sur des critères reproductibles, ce qui prend du temps, mais de permettre à ceux qui s’adaptent le mieux à des situations changeantes et imprévues de devenir les meilleurs.

Dans notre système de formation des élites, les responsabilités politiques et économiques sont pratiquement réservées aux seuls détenteurs de sésames obtenus à l’âge de 20 ans. Ce système n’incite pas les lauréats à la remise en question et à la nécessaire adaptation à un monde en perpétuelle évolution. Il empêche, surtout, que les élites soient régulièrement mises au défi.

Permettre à la France de bénéficier de tous ses talents c’est accepter que des petites entreprises puissent grandir et donc concurrencer les champions nationaux, ceux qui sont dirigés par une poignée d’énarques ou de polytechniciens. C’est accepter que cette petite entreprise soit dirigée par quelqu’un qui n’a pas de diplôme, qui n’appartient peut-être pas au même monde social. C’est accepter que les élites soient mises au défi permanent, et que leur légitimité ne soit pas fondée sur un diplôme obtenu à 20 ans mais sur la contribution renouvelée régulièrement à l’intérêt général. C’est accepter qu’un enarque puisse connaître le chômage et que les postes à responsabilité dans l’entreprise et dans l’administration soient ouverts à tous, fonctionnaires ou non, en fonction de l’expérience.

L’immobilisme social de notre pays me semble prendre racine dans l’immobilisme du statut des grands corps d’Etat qui dirigent aussi bien l’administration que les grandes entreprises. Mettre les meilleurs en concurrence, en finir avec le statut des grands corps, me semble être au coeur de la réforme nécessaire pour notre pays et la condition pour libérer le talent de millions de Français.

7 comments to Libérer les talents

  • Patounet

    Dénoncer l’immobilisme du statut des Grands Corps de l’Etat n’est pas un gadget démagogue.
    Oui, il y a une hégémonie des grandes entreprises dans l’économie française.
    Oui, il y a une hégémonie des diplômés des Grands Corps de l’Etat dans les responsabilités politiques et économiques.
    Quel est le lien entre les deux?
    C’est la manière bien française de faire de l’économie : un capitalisme féodal et colbertiste.
    Les hauts fonctionnaires et les grands industriels collaborent pour protéger et gérer les grands champions nationaux. Ce corporatisme étatique bloque la création et le développement d’autres entreprises.
    Cette collusion entre intérêts publics et privés a toutes les chances d’être sous-optimale pour le pays. En effet, le confort rentier des talents "féodaux" ne favorise ni la remise en question ni la créativité. Les privilèges des Grands Corps de l’Etat bloquent le déploiement des autres talents.
    C’est sans doute la cause essentielle du manque de dynamisme de l’économie française, de sa croissance molle, aux si funestes conséquences.

  • anne marie Engler

    Magnifique , votre interwiev par la Baronne !

    sur http://www.pariswebtv.net

  • résistance17

    Mettre les meilleurs en concurrence pour vaincre l’immobilisme, n’est ce pas justement la rêgle du jeu du concours aux Grandes Ecoles. Tel quel c’est une formule creuse et racoleuse.
    Il faut arrêter de se chercher des bouc émissaires faciles. On ne vaincra pas l’immobilisme en supprimant les écoles qui forment les élites mais en libérant des énergies. Il y a 30 ans, 30% des élèves des grandes ecoles étaient isuus des classes modestes, aujourd’hui c’est 9%. Ou sont les problèmes? Tout le monde le sait, dans cette circonscription plus qu’ailleurs… c’est l’école, c’est le fait que pour être dans une bonne école dès le primaire il faut habiter au bon endroit ou pouvoir se payer le privé. Même dans une bonne école publique à présent il faut pouvoir se payer de l’accompagnement scolaire ou pouvoir soi même des cours particuliers à ses enfants. Ce n’est pas les 5 ans de M. Bayrou au ministère de l’Education qui ont changé quoi que ce soit, il n’a même pas songé en 5 ans à revoir les méthodes d’apprentissage de la lecture ( chose faite par l’actuel gouvernement ).
    Sortons de la bisounourserie, soyez concret

  • Christelle de Crémiers

    Mais non, mettre les meilleurs en concurrence pour vaincre l’immobilisme, ce n’est justement pas la règle du jeu du concours aux grandes écoles, ce n’est ni la règle avant ni, ce qui est beaucoup plus important, APRES.

    Ce n’est pas la règle avant le concours pour la raison que vous soulignez, c’est à dire l’échec scolaire. Vous savez peut-être que je me bats depuis le début de mon mandat pour que les écoles et collèges de la circonscription soient attirantes, que le soutien scolaire devenu indispensable soit gratuit, et je continuerai de le faire, avec plus d’impact, si je suis élue députée. Pour la circonscription et pour les écoles du pays.

    Mais ce n’est pas la règle non plus après le concours, et c’est là que réside pour moi la clé de l’immobilisme social. Pensez-vous qu’il suffise d’être bon en dissertation à 20 ans pour accaparer des postes de pouvoir le reste de sa vie ? 70 % de l’Assemblée nationale actuelle, sensée représenter le peuple français, est composée d’énarques. Est-on en démocratie ? L’ensemble des gouvernements qui se sont succédés depuis 25 ans, mais aussi l’ensemble des conseils exécutifs et des conseils d’administration des Grands Groupes français sont composés majoritairement par des anciens élèves de l’X ou de l’ENA (ou des deux). Parce qu’il n’y pas dans une même classe d’âge d’autres personnes que ces anciens élèves capables d’assumer des responsabilités ?

    Pour s’attaquer à cet ordre immuable des choses, tellement immuable que même la resistance17 ne le remet pas en question, je ne vois pas d’autre solution que celle de casser les corps d’Etat. Le PS et l’UMP, dont les cadres sont en majorité issus de l’X ou de l’ENA, ne devraient pas être favorables. Même si le mouvement le plus militant en matière de réforme de l’Etat est formé par des énarques « de tout bord », qui sont arrivés à la conclusion que la création de cette aristocratie républicaine étouffe le pays, il faut reconnaître qu’il s’agit d’une minorité marginale aujourd’hui. J’espère que François Bayrou aura le temps de faire une véritable pédagogie pour expliquer aux Français qu’il ne s’agit pas d’un bouc émissaire de circonstance mais bien de la clé de voûte qui parachève un système social terriblement conservateur et, dans le monde ouvert actuel, handicapant.

  • Patounet

    C’est caricatural ! La SNCF produit, au même moment, un train à 575 km/h et un train qui n’arrive pas à freiner.
    Est-ce de la bonne gestion?
    L’immobilisme social est inséparable de l’immobilisme économique.
    Gerondeau évoquait les polytechniciens qui, en tant qu’ingénieurs, ne savent pas gérer, et les énarques qui, en tant que littéraires généralistes, ne savent ni compter ni gérer. Le bénéfice des 575 km/h est-il supérieur à son coût et au coût des trains qui n’arrivent plus à freiner? On peut en douter. On ne peut pas tout faire? Justement, bien gérer, c’est bien choisir.
    La SNCF est aux mains de polytechniciens et d’énarques …

  • hippo

    Les citoyens ont le droit à un débat contradictoire de premier tour entre les quatre principaux candidats à l’élection présidentielle. Quelles que soient les raisons invoquées pour les en priver, cette confrontation des idées et des personnages qui les portent n’est pas nuisible à la démocratie. En tout cas, même si elle peut légitimement susciter des réserves, elle reste préférable à l’absence de débat.

    Répondant à l’invitation de François Bayrou, le site de la Révolution orange a aussitôt ouvert un forum pour promouvoir et construire le "débat sur Internet".
    Vous êtes tous chaleureusement invités à y poster vos commentaires, vos suggestions et vos remarques, ainsi qu’à y poser les questions que vous souhaiteriez voir abordées par les candidats.

    http://www.revolutionorange.org/...

    Le site de la Révolution orange n’entend pas se charger de l’organisation du débat proprement dit. Bien que politiquement indépendant de l’UDF, il n’en est pas moins engagé dans la campagne aux côtés de François Bayrou. En tant que site de soutien d’un candidat, il n’a pas vocation d’exercer un arbitrage. D’autres sites de réflexion citoyenne se sont déjà proposés. Le forum que nous mettons en ligne, pour notre part, a pour but de recueillir vos témoignages et de publier vos propositions, ainsi que de porter vos attentes à la connaissance des candidats.

  • résistance17

    Reprenons calmement très chère… L’échec scolaire est donc à la source des inégalités apparues depuis 30 ans dans le recrutement des grandes écoles et donc de l’immobilisme. Quelle est l’origine de cet échec scolaire? Depuis 30 ans, l’école a perdu ce rôle d’ascenseur social qu’elle remplissait auparavent. A des fins idéologiques, la gauche ( he oui il faut nommer un jour les démagogues ) a partiellement vidé de sa substance le rôle de l’enseignant et les objectifs du programme scolaire pour le remplacer par une vague litanie en faveur de valeur dites de gauche. Il y a aurait beaucoup à dire sur ces valeurs dites de gauche qui sont avant tout des précautions oratoires pour justifier tout et n’importe quoi. Le résultat est qu’aujourd’hui on ne forme plus des esprits critiques avec une culture générale mais des citoyens de gauche dogmatique et ce dès le primaire ou on a supprimé toute encouragement à la créativite ( plus de rédaction, mais des débats citoyens…).
    La composition de l’assemblée nationale n’est pas liée à l’école mais au statut de fonctionnaire. Il ne faut pas confondre les causes simplement parce que l’on ne veut pas se couper d’une partie de l’électorat et que l’on s’est trouvé un bouc émissaire négligeable en terme de voix. Le vrai scandale c’est que seuls les fonctionnaires et dans une moindre mesure les professions libérales peuvent prendre le risque de se présenter à des élections, car eux ont la garantie de retrouver leur bureau s’ils ne sont pas élu. D’ailleurs, si je ne m’abuse M. Bayrou fait partie des deux catégories, éleveur de chevaux de course et prof!

    Ce n’est pas en cassant ce qui marche encore que l’on reconstruira le système éducatif francais mais en s’attaquant à ce qui le gangrene. Il est sur qu’il est plus facile de dire " il faut casser les classes dirigeantes" que proposer une direction et objectif commun au pays.

    Que les classes instruites se retrouvent toutes dans la compétition aux Grandes Ecoles n’est pas un mal en soi c’est une conséquence de la médiocrité des autres filières.Par contre il faut redonner des chances aux autres d’y accéder non en instituant des quota mais en le y préparant. C’est ce que d’autres candidats ont proposé et même expérimentés sans pour autant avoir été 5 ans à l’Education Nationale. Votre leader n’a toujours pas compris cela et son passage à l’Education Nationale ne lui a permis que de se trouver des bouc émissaires. A quand des projets?

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