Vous avez dit soutenir les… biffins ?

Les biffins sont les personnes qui revendent, en déballant sur les trottoirs, des objets récupérés dans les rues, les poubelles, ou provenant de leurs biens personnels. Pour la plupart, cette activité leur permet de survivre en raison de leurs ressources trop faibles ou inexistantes, notamment de très faibles retraites. Or, ces personnes sont régulièrement harcelées par la police.


C’est avant tout une histoire absurde : contre toute logique, la Mairie de Paris et encore plus la Mairie du 18e refusent de prendre des décisions. Que ce soit dit clairement : malgré les répressions qui s’amplifient dans tout Paris, Porte de Montreuil, Porte de Vanves, Porte Montmartre, les biffins seront toujours là, ils ne disparaîtront pas dans l’oubli de la misère. Pourtant, privés de statut, n’ayant même pas droit à quelques mètres de trottoir pour vendre, tout laisse supposer qu’ils disparaîtront face à tant d’obstacles. Les biffins se font régulièrement enlever le fruit de jours de travail et de recherche. Au pire, les objets récupérés sont jetés à la benne que la Mairie paie depuis trois ans 10 000 euros par mois, au mieux ils se retrouvent au commissariat. Qu’en fait la police ensuite ? L’histoire ne le dit pas. Toujours est-il que les biffins demeurent, s’organisent en association « Sauve qui peut » et à travers Thierry Cayet demandent au Maire et à la Députée une audition, refusée jusqu’à ce jour.

Le problème, c’est qu’il s’agit d’une population de 3000 Parisiens, biffins réguliers ou occasionnels, pour qui cette activité est essentielle à plusieurs titres. D’abord, parce que cette activité qui rapporte peu, assure l’autonomie de personnes qui de toutes manières, dans leur très grande majorité, ne sont plus éligibles au marché du travail, pas même à travers les filières de réinsertion par l’activité économique, comme le souligne fort justement l’étude de l’ADIE commandée par la Mairie de Paris en juillet 2008. Ensuite parce qu’ils sont fortement attachés à leur autonomie d’où ils tirent une fierté qu’ils ne sont pas prêts à abandonner.

Paris n’est pas une exception, d’autres grandes villes, en France comme à l’étranger, sont confrontées à cette même demande et ont trouvé des solutions. Quelle que soit la solution, celle-ci offre une reconnaissance sociale aux biffins, à travers l’institutionnalisation, non pas de la misère, qui est de toute manières la réalité d’aujourd’hui, mais celle de la récupération / revente de déchets. L’étude de l’ADIE propose de créer un statut qui donnerait naissance à un marché social de la récupération, avec toutes les conséquences positives en termes sociaux et économiques durables. Elle montre qu’il est possible d’organiser la vente dans de bonnes conditions pour tous. Un espace dédié à la vente au déballage serait clairement délimité, un service de propreté assuré en fin de marché, la nature des objets pouvant être vendus et des règles de propreté seraient fixées par une charte à laquelle chaque vendeur devrait se conformer pour pouvoir vendre.

La question urge désormais avec l’arrivée massive Porte de Montmartre de biffins chassés par des répressions plus fortes Porte de Montreuil et Porte de Vanves, ce qui porte à 1000-1500 personnes la population de biffins dans le 18e. La résolution des tensions se résumerait à une question de confiance finalement : que les élus acceptent de dialoguer avec cette population bigarrée, attachée à son autonomie, profondément méconnue, ne s’est pas encore produit. Les soupçons de recel, infondés comme le montre l’étude, et d’irresponsabilité pèsent sur ce comité de biffins qui lutte pour la création de son statut. Statut qui donnerait aux biffins, bien au-delà des mètres linéaires de trottoir si attendus, la précieuse reconnaissance sociale dont nous avons tous besoin.

2 comments to Vous avez dit soutenir les… biffins ?

  • Mohamed

    Comme beaucoup, j’ai découvert l’existence des biffins, dont j’ignorais jusqu’au nom, lors de la diffusion d’un reportage au début du mois.
    Je suis sidéré par la façon dont la majorité municipale prétendûment "socialiste" traite ces hommes et ces femmes en lutte pour leur survie.La plus décomplexée des droites n’agirait pas autrement. Je comprends mal également que les alliés communistes et verts du PS, d’ordinaire si prompts à s’indigner, ne se saisissent pas de cette question avec plus de force.
    La solution à ce "problème" paraît pourtant simple; elle passe évidemment par un encadrement de l’activité des biffins qui permettrait de concilier le maintien d’une activité de survie et la qualité de vie des riverains.Au lieu de ça, la mairie fait le choix d’une répression absurde et coûteuse.
    J’espère que le Mouvement Démocrate parisien continuera à se mobiliser pour exiger du maire de Paris une sortie "par le haut" à cette situation.

  • Comité soutien et assoc sauve-qui-peut

    Communiqué de l’association « Sauve qui peut » et du comité de soutien aux biffins de la Porte Montmartre

    L’interpellation de Lounis Ibadioune :
    une conséquence de la politique répressive de la mairie du 18e
    dans l’arrondissement.

    Nous sommes scandalisés par la verbalisation de Lounis Ibadioune, vendeur du journal « l’Humanité dimanche », dont nous nous déclarons solidaires, comme nous le sommes des militants du comité anti-rafles également interpellés dans le même quartier.
    Nous le sommes d’autant que les biffins de la Porte Montmartre sont eux aussi victimes depuis des années de la même répression, au même motif (vente de marchandise sans autorisation dans un lieu public) et même amende.
    Cette répression, qui sévit chaque week-end à la demande du maire du 18e arrondissement, Daniel Vaillant, soutenue au sein du conseil d’arrondissement entre autres par les élus du PCF, s’est étendue depuis quelques mois au marché Dejean, à Château-Rouge, contre les petits vendeurs de maïs, marrons, boissons, marché où a été verbalisé Lounis Ibadioune.
    Entre la Porte Montmartre et le marché Dejean, nous partageons les mêmes policiers, les mêmes verbalisations (à 172 euros), les mêmes saisies sans liste, contrairement à ce que voudrait la loi, la même benne à ordures qui détruit, en toute illégalité, les biens des personnes qui vendent là sans autorisation.
    Pour ceux de la Porte Montmartre et pour ceux de Château-Rouge, c’est de la même survie qu’il s’agit ; pour Lounis Ibadioune, vendeur de journal militant, c’est de la liberté d’expression. Deux droits fondamentaux que nous devons défendre solidairement face à une même politique répressive.

    Paris, le 22 janvier 2009

    les-biffins-de-la-porte-montmartre@hotmail.fr
    biffins.canalblog.com/
    06 79 95 33 75 / 06 26 37 85 51

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