Si je ne devais retenir qu’une seule chose de 2008

Parmi les très nombreux événements marquants de cette dernière année, il y en a un que je retiendrais tout particulièrement, même s’il a fait peu de bruit. En octobre, la voix des pays les plus riches de la planète, l’OCDE, a choisi de diffuser en pleine crise économique, un message d’une très grande portée politique : « Les deux dernières décennies ont été marquées par une augmentation à la fois des inégalités et du nombre de pauvres. »


Ce message, détaillé dans le rapport « Croissance et inégalités. Distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE. » est une reconnaissance implicite de l’échec d’une croyance vieille de deux siècles. Lorsque JF Kennedy s’écriait « Quand la marée monte, tous les bateaux montent » il ne faisait que traduire avec une autre image celle fameuse de la « main invisible » de Mandeville au XVIIIe siècle. Imagée, telle une fable, la croyance dans le fait que l’enrichissement de quelques uns profite à l’ensemble de la collectivité n’en a pas moins fondé plus d’une politique économique. Elle a même été érigée en référence depuis la chute du mur de Berlin il y a bientôt vingt ans. Or l’OCDE dresse aujourd’hui, en pleine tourmente économique mondiale, le constat inverse. L’enrichissement des plus riches a creusé les inégalités et augmenté le nombre de pauvres. Le rapport précise que les mesures fiscales équitables, l’investissement dans les services publics, la santé, l’éducation et le logement social seraient nécessaires pour réduire les inégalités de revenus.

En France, les leçons du « paquet fiscal » ont dû être tirées : les 15 milliards de cadeaux fiscaux aux ménages les plus aisés n’ont pas eu d’impact sur la croissance. Le plan de relance que N Sarkozy a présenté en décembre tourne donc le dos à la consommation pour se concentrer sur l’investissement, essentiellement des entreprises publiques EDF, SNCF et La Poste (10 milliards d’euros) et de l’avance de trésorerie aux entreprises en les payant plus vite (11 milliards d’euros) mais reste trop frileux en termes de moyens, trop disséminé et sans effort sur l’emploi.

Un mot sur la Russie, d’où je reviens après un séjour en fin d’année : j’ai regardé tous les jours avec grande attention le JT des chaînes principales. Dans ce pays, où les affiches publicitaires dans le métro rappellent que « L’amour de la patrie commence dès l’enfance », les JT égrènent une série de faits divers exclusivement nationaux et à forte portée émotive. Un reportage à caractère international faisait figure d’exception. Il y était expliqué que les Etats-Unis avaient attaqué l’Irak pour leur pétrole et que la prochaine cible pouvait être la Russie, en passant par l’Ukraine, passage obligé de la fourniture russe vers l’Europe. Ces émissions, où chaque geste reflète la volonté de Poutine, conjuguent une faible portée informative avec une vision conflictuelle du monde. En effet, les Russes ne tirent pas du tout la même expérience ni les mêmes leçons de la seconde guerre mondiale que l’Allemagne, la France ou l’Italie, qui ont en fait l’an zéro de l’Europe et de la paix. Pour eux, c’était la Grande Guerre Patriotique, comme ils l’appellent, et cela veut tout dire.

1 comment to Si je ne devais retenir qu’une seule chose de 2008

  • Patrice

    Le libéralisme économique contient en effet des croyances fausses qui se maintiennent malgré les faits, chez ses adeptes radicaux. Depuis Durkheim, on sait bien pourquoi les croyances magiques résistent à leur démenti : Entre autres, il est souvent facile, spécialement dans un domaine complexe, d’expliquer pourquoi les faits ne vérifient pas une croyance, sans la remettre en cause, surtout si d’autres faits, par concomitance, paraissent la confirmer.
    La fable ancienne des libres intérêts particuliers concourant nécessairement à l’intérêt général est toujours racontée par les économistes libéraux. Par exemple, Gregory Mankiw se montre rassurant, en réaffirmant en 1998 que l’échange économique peut être profitable à tous, et le Prix Nobel Joseph Stiglitz rappelle en 2000 la condition pour qu’il en soit ainsi, à savoir que l’échange soit parfaitement libre, volontaire.
    Mais cette condition n’est jamais réalisée. En raison de la concurrence imparfaite et de l’information dissymétrique, l’échange est toujours plus ou moins contraint, et peut donc ne pas être profitable à tous.
    Face aux inégalités engendrées par l’exercice du libéralisme économique, toutes les sociétés ne réagissent pas de la même façon. Des économistes de l’Université de Nottingham ont montré en 2008 que les sociétés ont une tendance générale à réprouver et punir, par vengeance, les plus riches, ceux qui ont réussi. Et cette tendance serait d’autant plus forte qu’il s’agirait plus d’une société de défiance et d’incivisme, comme l’est tout particulièrement la France!
    Il faut convenir que cette réaction française, de défiance et de réprobation, est plutôt saine et salutaire. C’est elle qui porte le refus d’une société corporatiste et bloquée, avec l’espérance d’une société plus ouverte et plus efficace, grâce à l’instauration d’un véritable libéralisme régulé.

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