Mon engagement européen

Avant la sortie des urnes de ce soir, je souhaitais partager avec vous mon engagement européen.


J’ai dit comment il avait commencé il y a 22 ans et comment il m’a guidée dans mon entrée en politique. Il a évolué car le monde a évolué. Je vois trois phases.

Une première phase, celle des pères fondateurs, des solidarités de fait, dont l’apogée a été la création du Marché Unique puis la Communauté Européenne. C’est la phase de l’Europe comme idéal de paix et de prospérité dans un monde dominé par la guerre froide des deux blocs. L’élargissement se fait lentement, l’acquis communautaire se bâtit autour de l’économie exclusivement après la tentative avortée de l’Europe de la Défense en 54.

Une deuxième phase, celle de l’euro et celle de l’avènement des États-Unis comme seule super puissance. C’est la phase où l’Europe ambitionne parfois de devenir une force politique qui viendrait contre-balancer la domination américaine dans un monde marqué par la théorie du clash des civilisations. C’est aussi la phase de l’élargissement sans approfondissement et donc la mise en échec de l’ambition d’une Europe politique version années 90.

Nous sommes entrés définitivement dans le 3e phase depuis au moins quatre ans, lors du fameux non de la France à la Constitution européenne. Mon engagement pour l’Europe est un enfant des années 90. J’ai milité pour l’Europe puissance politique, calquant pour les institutions européennes celles d’un État fédéral. Dans ce contexte, la Turquie ne faisait pas partie du tableau. Mais cette phase est révolue, même si, à en croire les professions de foi des candidats de ce jour, on serait encore en 1992… Ma conviction est que nous sommes entrés de plain pied dans la « planétisation » des enjeux, ce qui relègue le clash des civilisations à une vision antique du monde, celle où l’on croyait qu’il était infini. Que nous sommes liés et responsables, tous sur Terre, de nous donner les moyens de durer. Que nos économies, où la destruction d’une forêt est comptabilisée comme une richesse, doivent désormais subir une mutation profonde. Que cette mutation, ainsi que la production et la consommation d’énergie, et la solidarité globale nord-sud, nécessitent une gouvernance mondiale, comme l’appellent notamment Jacques Attali et Corinne Lepage. Que cette gouvernance mondiale demande la mise en place de puissants contre-pouvoirs pour lutter contre la corruption qui dévaste tous les pays et pour être très précis, qui a enregistré en France une augmentation remarquable cette année.

Cette troisième phase de l’Europe serait donc celle où l’Europe doit être un des principaux moteurs de la construction d’une gouvernance mondiale. Les députés européens l’ont mieux compris que les députés nationaux. Plus que jamais il faut voter aujourd’hui. Quel dommage que cette campagne française 2009, ni utile, ni efficace, mais bornée et délétère. Pas à la hauteur des enjeux.

1 comment to Mon engagement européen

  • madeira

    Eh oui, cette 3ème phase est ratée pour l’instant du fait du conservatisme des partis politiques : on ne peut bâtir une Europe sans les Européens qui ne sont plus UNIQUEMENT BLANCS DE + DE 50 ans!!! Mon vote sera citoyen car le Monde est devenu un territoire unique. Eva JOLY au Parlement est une bonne noiuvelle pour les citoyens européens qui souhaitent en finir avec la françafrique et les réseaux immondes post-coloniaux. De même, nous avons besoin d’un bouclier social pour protéger les plus faibles. Notre beau Sénat français refuse toujours de ratifier les directives européennes de lutte contre les discriminations et pour l’égalité de chances.
    Continuons le combat sans être griots serviles de nos familles politiques ni détracteurs stériles des avancées acquises grâce à l’Europe.
    Bravo Christelle pour ta tenacité et tes convictions sincères.
    Madeira

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