Tout ça pour ça ?

Parce que le bipartisme dans le pays des deux tours conduit à la simplification des enjeux politiques,


Parce que la simplification des enjeux est dangereuse pour le débat démocratique,
Parce que le duopole RPR/PS de l’ère pré sarkozyste participait d’une complicité coupable ,
Parce qu’il était coupable de maintenir les blocages de la société française intacts,
Parce que l’UMP sarkozyste a atteint la forme la plus aboutie du féodalisme conjuguée au colbertisme dans ce vieux pays,
Parce que le parti socialiste regarde évoluer l’UMP et rassembler l’irrassemblable, impuissant, les mains pleines de vieilles recettes de taxes et d’étatisme, mais désormais inapplicables,
Parce que la modernité doit provenir d’une voie nouvelle, où l’équilibre des pouvoirs, comme l’équilibre de l’action humaine sur son environnement, procèdent d’une même logique,
Parce que les bonnes idées peuvent venir des hommes et des femmes politiques indépendamment de leur camp,
Pour toutes ces raisons, je me sentais Modem, avant le Modem, et je suis devenue Modem en 2007.

Certes, les paroles de Marielle de Sarnez devant Vincent Peillon pourraient résonner dans les oreilles de l’électeur socialiste : « Nous avons les mêmes valeurs », se dira-t-il peut-être au moment de voter pour François Bayrou au lieu de voter pour le candidat du Parti socialiste qui l’aura désespéré. Ou peut-être pas. Car avoir les mêmes valeurs à ce point, sans nuance, sans bémol, -le discours de la vice-présidente du Modem aurait pu être prononcé par beaucoup de dirigeants socialistes-, c’est vouloir le même projet de société, c’est exercer la politique avec la même pratique du rapport de force, des négociations d’appareil, des calculs électoralistes, et c’est donc risquer d’être mis dans le même sac que ceux qui apparaissent à plus d’un titre comme les anciens.

Après avoir bravé deux élections présidentielles en solitaire, avoir perdu un groupe à l’Assemblée nationale, au Conseil de Paris, avoir sacrifié les européennes, et tout cela au nom d’un engagement au service du destin de la France, s’en remettre ainsi à l’un des deux grands partis, proposer de devenir le supplétif d’une branche dissidente d’un parti en perte de vitesse, sans même attendre la réponse du parti lui-même… me laisse sans voix. Si le PS dispose, il prend le Modem dès le premier tour, s’il ne dispose pas, éh bien non. Il détient l’avenir du Modem aux régionales entre ses mains. Entièrement. Le Modem s’est rendu au socialisme avant même que la rose n’ensanglante ses épines.

Tout ça pour ça ?

12 comments to Tout ça pour ça ?

  • Orange pressé

    Un article court, concis qui va droit au but. Merci pour ce texte qui met les choses au point !

  • fvz

    Humeur ? Emotion ? ou convction???

  • Thierry P.

    Tout ça pour ça, en effet. La question est d’importance.
    J’ai pu me considérer comme un des membres fondateurs du Mouvement Démocrate (comme beaucoup) en assistant au Congrès de Villepinte en décembre 2007. J’y ai cru… puis peu à peu, l’enthousiasme s’est desséché et j’ai choisi de démissionner en octobre dernier quand j’ai constaté le fossé qui existait entre les valeurs affichées au fronton du Modem et leur mise en pratique à la petite semaine. Ce fossé, parce qu’il affecte les fondamentaux ne peut être comblé.
    C’est quoi au juste les "valeurs" ?
    Je sais qu’il reste au MoDem des personnalités de convictions, puissent-ils émerger un jour.
    Tout choix n’est jamais définitif, car même hors du MoDem désormais, je ne puis qu’approuver la conclusion de Corinne Lepage dans sa tribune publiée dans Marianne (numéro du 18 au 24 juillet 2009) :
    […Entre deux visions du monde, la question n’est pas de se reconnaître de gauche ou de droite en fonction de critères qui sont obsolètes puisqu’ils reposent sur un présupposé commun : la croissance infinie. La question est de savoir si les choix du XX° siècle peuvent être prolongés ou si le XXI° siècle est radicalement nouveau. Oui le choix est binaire entre les Anciens et les Modernes, mais il transcende les partis traditionnels et conduit à l’émergence d’une nouvelle force, démocratique et écologique, solidaire et humaniste, qui reste à construire.]

    Wait & see.
    En attendant, combien de citoyens se ne retrouvent pas dans le paysage politique désolé et désolant de notre République ?
    Il y a gravé au plafond de la bibliothèque de Montaigne, une maxime en grec d’Homère :
    "D’un côté comme de l’autre, vaste champ de paroles"
    Elle résumerait assez bien, à mon sens, la situation présente.

  • Phil

    Militant de terrain, à Malakoff, je ne peux qu’approuver cet article.

    Défendons d’abord nos idées. Pour la suite, on verra.

  • Pierrette Robes

    Ma fille, j’approuve votre ton et votre retenue qui pour autant ne font aucune concession au fond et à la bien triste réalité qui afflige notre parti pourtant si prometteur en 2007… Je vous invite à poursuivre dans la voie d’un diagnostic mesuré et franc, dans un esprit avant tout de construction, de prises d’initiatives positives et ambitieuses qui nous mèneront au triomphe des idées démocrates, progressistes et écologiques et non partisanes et/ou opportunistes… Les premiers qui réussiront à réunir ces valeurs au sein d’une formation, à les défendre clairement au sein d’un projet bien construit et surtout à l’appliquer en interne par la seule vertue qui vaille : celle de l’exemplarité, seront les maîtres du Monde de demain (le seul qui puisse survivre de manière durable à toutes ces infamies, en tout cas). Ma chère Christelle, je suis sûre que vous faites partie de ceux-là. Foi de Pierrette.

  • FrédéricLN

    C’est bellement dit, mais n’est-ce pas excessif ? Nous étions heureux d’avoir à nos Universités d’été MM. Rocard et Barnier, et nous aurions été plus heureux encore s’ils y étaient venus comme représentants de leurs partis.

    Pour moi, je pense bel et bien avoir des valeurs des proches de celles de MM. Peillon, Bianco ou Cohn-Bendit, ou de Mme Taubira, ou de M. Hue, tout en me sentant bien plus éloigné de nombreux autres socialistes, Verts, radicaux ou communistes. Je crois qu’il vaut mieux faire des photos ensemble et souligner les valeurs communes, que de se faire des bisque-bisque-rage mutuels depuis nos tours d’ivoire respectives.

    Ce qui m’inquiète n’est pas cela, c’est que rien de ce qui a été annoncé depuis juillet n’amorce de mobilisation militante pour les régionales. Je crains qu’on ne rejoue la récurrente tentative de la blitzkrieg, qui à chaque fois depuis 35 ans finit en triste "blague" pour reprendre le mot de Flaubert cité par Domenach 😉

    "La distinction est … un trait de caractère qui pousse à accomplir des exploits. On compte sur la furia francese pour pallier l’impréparation. Lorsqu’elle est soutenue par une logistique sérieuse, l’élan emporte la victoire comme ce fut le cas à Austerlitz. Lorsque qu’elle n’est que le recours ultime d’une organisation défaillante cachée par des propos belliqueux, on a affaire à ce que Flaubert appelait la "blague", dont continuent d’user bien des dirigeants politiques et qu’on retrouve, hélas ! à tous les niveaux de [notre] organisation technique." ("Regarder la France", 1997)

  • Nicolas Mauduit

    En essayant de chercher le coté positif des choses (ce qui tend à devenir de plus en plus raffarinesque, je le concède) je me demande si notre Mouvement n’est pas finalement en train de s’essayer aux courants par du testing (méthode que je n’apprécie pas particulièrement, pas seulement parce qu’elle est très en vogue chez les sarkozystes mais pour son manque de transparence). A ma connaissance, Marielle n’en est pas porte parole : le Mouvement dans son ensemble est-il engagé par ses propos ?

    Je n’en espère pas moins que des éclaircissements seront apportés rapidement afin de démontrer la cohérence de la stratégie sous-jacente… peut-etre aux UR?

    et je partage l’inquiétude de FrédéricLN concernant la construction de notre Mouvement, qui me parait une des causes principales des échecs récents : ou en sommes-nous de la feuille de route que nous nous sommes donnés?

  • pierre-antoine

    Merci Christelle !

  • peu importe

    "Parce que l’UMP sarkozyste a atteint la forme la plus aboutie du féodalisme colbertiste dans ce vieux pays…"

    bonsoir Mme de Cremiers,

    J’ignorais que Colbert était devenue "synonyme" de reproche ou de symbole de ringardisme.
    Vous me permettrez (peut-être) de vous informer que vous avez produit un oxymore savoureux : La vie et l’action de Colbert n’ont rien à voir avec le féodalisme….au contraire

  • christophe (peu importe)

    bon : je comprends votre amertume : au delà de tout cela l’ouvrage de F. Bayrou était vraiment remarquable et (peut-être) que j’appartiens à une minorité mais il a eu entièrement raison de tacler le "leader" de mai 68.

    De là nous sommes dans le théorème de Michel Noir (1988) : il faut mieux perdre les élections que son âme…

  • pierre-antoine

    Si un jour Michel Noir avait imaginé qu’il pût jamais être invoqué comme un parangon de vertu…

  • GuillaumeD

    Bonjour.
    Ce billet n’est pas du tout représentatif de mon point de vue, mais il m’a intéressé et je vais y repenser dans le jours qui viennent… mais je resterai du même avis que Frédéric LN, grossomodo.

    De plus, je ne comprends pas ce que le sarkozysme a de colbertiste. Le fait que Sarko aie des amis "très grands patrons" n’est pas suffisant pour le justifier à mon avis.

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