L’abstention contestataire

Les électeurs abstentionnistes ont été majoritaires lors des deux derniers scrutins. Un signal d’alarme sur l’affaiblissement de la démocratie ou comme le déclarent des élus américains avec cynisme, « l’électeur satisfait ne vote pas » ? A l’heure de la révolution tunisienne, la bataille pour la démocratie ne s’arrête jamais.

Quelque chose a dû se produire en 2007. Depuis cette date, chaque élection républicaine ou européenne a connu le sommet historique de son taux d’abstention :
• Élections législatives 2007, 2nd tour : 40 %
• Élections municipales 2008, 2nd tour : 36 %
• Élections cantonales 2008, 2nd tour : 45 %
• Élections européennes 2009 : 59 %
• Élections régionales 2010, 2nd tour : 54 %
Pour expliquer ces niveaux record, l’abstention classique due au manque
d’implication citoyenne, subie ou voulue, ne suffit
plus. L’abstention « classique » est celle des
électeurs qui ne se sentent pas concernés par le jeu démocratique, soit par
choix, soit parce que leur situation sociale les en exclut.

Ce qui me semble remarquable est l’apparition d’une nouvelle forme d’abstention qui concernerait un tiers des électeurs environ : l’abstention « politique » ou contestataire. L’abstention est désormais vécue comme une forme de protestation contre un système politique considéré au mieux comme impuissant, au pire comme corrompu.

Des slogans tels « Voter c’est subir, s’abstenir c’est lutter » traduisent le recours ultime de citoyens isolés et livrés à leur propre indignation. Trop de principes fondamentaux, de la séparation des pouvoirs à la liberté de la presse, en passant par la représentation proportionnelle des minorités, ont été mis à mal. Et les citoyens ne sont pas dupes, malgré l’intensité de la communication gouvernementale. Moins visibles, les conséquences de la réforme territoriale sont structurelles. La souveraineté des territoires et la décentralisation est menacée par le changement d’équilibre entre les territoires et l’État. Et en plus, très visibles cette fois-ci, le système des partis et les règles électorales favorisent des candidatures parachutées et claniques.

Les électeurs ne se trouvent pas représentés par le corps des élus ni par leur génération, ni par leur origine, ni par leur profession. Une désagréable sensation de servir de caution démocratique à des élus qui poursuivent leur intérêt particulier, éloigne définitivement les électeurs des urnes.

Le Groupe Engagées vous propose l’atelier « Les femmes vont vous donner envie de voter » aux États Généraux du Renouveau organisés par Libération et Marianne.


Au sujet d’Engagées : En quoi les femmes engagées peuvent-elles contribuer à lutter contre l’abstention
?
Les projets portés par des femmes dans le tiers-monde sont plus subventionnés que ceux portés par des hommes, car les femmes sont de meilleures garantes de l’intérêt général. Peut-être parce que les femmes se sentent obligées de justifier, de légitimer leurs prétentions plus que les hommes… pour elles, elles le valent moins bien. Face à la dégradation récente de la considération faite aux femmes, elles répondent en redoublant d’efforts pour être utiles concrètement.

1 comment to L’abstention contestataire

  • SOUPIRAIL

    Alors quoi, comme le disait Aragon: »La femme est l’avenir de l’homme » Je n’en doute pas… En tout cas on connait peut de femme(s) dictateur(trice?), à part…Me Thatcher? En son temps, et encore… Non, vous avez raison, ce monde est profondément masculin; la place donné à la sensibilité féminine dans notre société résolument basée sur la production « rentable », et bien maigre. Ben oui, c’est un monde qui loue la force pure! Quoi de plus emblématique pour caractériser certains rapports qu’ont hommes comme femmes entre-eux dans certains domaines professionnels astreints par nature à la concurrence: Autant dire, la généralité! Cela dit, en politique, la seule femme la plus médiatisée et ayant un pouvoir décisionnaire, est la présidente du médef; une des rares femmes à ce « poste »: ça ne s’invente pas.Même pas la peine de parler celle de l’actuel gouvernement(Surtout!…)
    Quoiqu’il en soit, l’abstention, c’est sur, risque d’assombrir les chances de l’opposition. Reste à savoir qu’est-ce qui pourrait décider l’électeur potentiel à voter pour une autre vision de la société; et surtout qu’est-qui ou quoi pourrait les fédérer? Avant que « ça pète » comme le laisser penser JFK aux états Généraux du Renouveau…

    P.S/ Merci encore pour votre blog.

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