Le rêve brisé de l’agriculture hors sol

Par son ampleur et ses enjeux, l’industrialisation de l’agriculture est l’exemple le plus abouti de la logique économique productiviste. En cinquante ans en France, la production du blé à l’hectare a été multipliée par 3, tandis que le nombre d’emplois a été divisé par 4. Les bénéfices sont au rendez-vous. Les 70 milliards d’euros générés par ce secteur en 2012 ont enrichi une poignée de très grosses exploitations gonflées aux épandages automatiques de pesticides et aux subventions européennes.


Côté industrie agroalimentaire, les produits pré-cuisinés, dopés aux additifs, au sel, sucre et graisses, ont enregistré des bénéfices colossaux à la fois en marge et en volume. Sur la même période d’un demi-siècle, le chiffre d’affaires a été multiplié par 4 pour atteindre dès 2000 140 milliards d’euros.

Mais… de fortes menaces pèsent sur ce mode standardisé et hors sol de production et de consommation, fondé sur la destruction (les n-« cides ») et non sur la complémentarité et le respect des ecosystèmes. Les très riches sols de la Beauce s’essoufflent, les rendements stagnent depuis dix ans, la dépendance au pétrole menace et les effets du dérèglement climatique sont déjà très concrets pour les agriculteurs de fruits et légumes.

Le développement des dernières décennies nous a distillé un rêve, qui s’est infiltré dans l’enseignement technique, scientifique, secondaire, supérieur, dans les discours des journalistes et des politiques, dans ceux des dirigeants industriels, et qui a forgé notre perception du monde. Le rêve qui nous berce dans notre quotidien, est celui de considérer la nourriture comme l’air que l’on respire : infiniment disponible et accessible quel que soit notre temps et notre espace. On mange sur le lieu du travail un repas commandé dix minutes avant à la cantine ou au « fast food ». La nature, origine et provenance de la nourriture restent (et doivent rester) absolument mystérieuses. On ignore avec délice comment a été produit, fabriqué, puis acheminé le soda fluorescent, ou bien les lasagnes « au boeuf » que nous consommons pendant la pause déjeuner ou devant la pub à la télé le soir à la maison. Une seule dimension est laissée en pâture pour exercer notre « droit » de consommateurs forcés : le prix. Les premiers prix sont fléchés avec des cocardes couleur pétard pour ceux, de plus en plus nombreux, qui n’arrivent plus à accéder aux autres produits qui s’étalent sur des dizaines de mètres linéaires. Pour l’air comme pour la nourriture, cette ignorance aura bientôt une fin, mais nous n’avons pas été préparés du tout à y faire face.

Dans notre société, ignorer parfaitement tout de ce que l’on ingurgite quotidiennement est à la fois une nécessité, une obligation et une valeur.

Une nécessité, car l’essentiel de notre énergie et de nos efforts doit être concentré sur le travail que nous donne notre employeur dans les services ou l’industrie. Il ne faut pas perdre du temps à faire, ni même à comprendre, comment et où sont produits les aliments que l’on consomme.

Une obligation, car cette ignorance nous épargne bien de déconvenues. « L’incident » de la viande de cheval qui a été porté à la connaissance du public fait figure d’exception… combien d’années en a-t-on mangé à notre insu ? Accepterions-nous de savoir que 9 fois sur 10, l’aliment d’origine animale que nous consommons a été nourri aux OGM ? Que les colorants chimiques hermétiquement désignés par des sigles E211, E108, E110, que personne n’a eu la bonté d’expliquer ni de permettre au grand public de comprendre, renferment des substances provoquant de l’hyperactivité ? Que pour les 300 additifs aujourd’hui autorisés, aucun test n’a étudié les interactions entre eux, alors que les produits industriels en contiennent toujours plusieurs ? Le lobby de l’industrie agroalimentaire livre une bataille acharnée contre l’information du consommateur, notamment sur les principaux éléments que sont le sel, le sucre et le gras, presque toujours en dépassement.

Nécessaire et obligatoire, l’ignorance de la provenance de notre alimentation n’est quand même possible à grande échelle que parce qu’elle correspond à une valeur de notre société. S’intéresser à la terre et à la mer, à la production des aliments, apparaît comme dégradant. L’Homme dépendant de la boue, des pluies, des plantes et des animaux pour survivre, l’Homme qui « domine » la Nature mérite mieux ! Exit donc l’image de la Terre nourricière qui donne et réconforte…

Les effets de la nourriture industrielle commencent cependant un peu à se faire connaître : sur l’environnement d’abord (algues vertes, sols épuisés, nitrates, émissions de gaz à effet de serre – co2 et méthane – épuisement des nappes phréatiques, des poissons en haute mer…), mais surtout sur la santé humaine. L’Inserm vient de publier cette année que l’exposition à des petites doses de poison tous les jours pendant des années (comme les pesticides des fruits et légumes consommés par les générations nées à partir des années 70) a des répercussions sur le métabolisme.

L’augmentation du prix de l’énergie et les bouleversements « cataclysmiques« , selon l’expression de la Banque mondiale, que va subir le climat dans les années à venir, mettront une fin brutale à l’illusion des pays riches et « développés » de se procurer de la nourriture sans effort, hors saisons et hors sol.

Résultat logique, les enfants nés dans les années 2000 ne savent pas ce qu’est une betterave, ni que les pâtes sont faites avec du blé, selon une étude édifiante menée par l’association Santé Environnement France. Pourtant c’est eux qui devront faire face à la grande crise alimentaire qui se prépare. C’est eux qui devront brutalement retrouver un peu de l’autonomie qui a déserté nos sociétés urbaines, qui devront innover, réinventer les circuits courts, les potagers familiaux, les fermes urbaines, la conservation des aliments… Qui les prépare ? Quelle école (pour leur parents c’est un peu tard) ? On sait déjà tout pourtant. Nous en sommes au cinquième rapport du GIEC, le site du Ministère du « Développement durable » publie assez clairement l’état du climat en France et dans le monde.

De très nombreuses solutions existent, mais elles sont cantonnées dans des milieux alternatifs, aucun politique en exercice n’a le courage de les défendre face au lobby des industries agro-alimentaires et agro-chimiques. Les subventions européennes ne sont (toujours) pas accordées au agriculteurs qui n’achètent pas de pesticides aux industriels…

Sources : INSEEEconomie Matin

1 comment to Le rêve brisé de l’agriculture hors sol

  • FPSTERICHEM conçoit et fabrique des unités de stérilisation et à ce titre connait les risques du process. En respectant les standards et recommandations ils sont extrêmement limités. Par contre les utilisateurs ont moins de scrupules (et de contrôles) et rejettent sans vergogne des gaz inflammables, explosif et cancérigène et inodore dans l’atmosphère. Ainsi une société à Gien rejette plus de 100kg/jour d’oxyde d’éthylène dans l’atmosphère sans traitement préalable, et ceci à proximité des habitations. Vous pouvez me contacter pour toute information technique

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