Christelle de Crémiers http://www.christelledecremiers.fr Blog politique Wed, 30 Nov 2016 22:35:18 +0000 fr-FR hourly 1 Manifestation contre la PAC à Blois http://www.christelledecremiers.fr/2016/09/manifestation-contre-la-pac-a-blois/ http://www.christelledecremiers.fr/2016/09/manifestation-contre-la-pac-a-blois/#respond Fri, 02 Sep 2016 22:02:06 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=5454 Changeons de CAP, Changeons de PAC

Pendant que Stéphane Le Foll avait fermé le château de Chambord au public pendant deux jours pour organiser le sommet des ministres européens de l’agriculture, la Confédération paysanne, avec le soutien

PAC et CAP tracteur contre la PAC – Crédit photo Patrice Dézallé

des élus

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Changeons de CAP, Changeons de PAC

Pendant que Stéphane Le Foll avait fermé le château de Chambord au public pendant deux jours pour organiser le sommet des ministres européens de l’agriculture, la Confédération paysanne, avec le soutien

PAC et CAP tracteur contre la PAC - Crédit photo Patrice Dézallé

PAC et CAP tracteur contre la PAC – Crédit photo Patrice Dézallé

des élus régionaux écologistes, manifestait à Blois le 2 Septembre.

Extrait de l’article de Patrice Dézallé de Puissance 2D.fr« On constate, crise après   crise, que tout le monde est victime, citoyens et agriculteurs« , estime pour sa part Christelle de Crémiers.

« Il faut déconcentrer les aides pour avoir des territoires résilients, sinon on favorise la concentration des exploitations ». En d’autres termes, attribuer davantage aux petits paysans qu’aux grandes exploitations. Christelle de Crémiers poursuit son analyse : « Les multinationales ont pris le leadership. C’est pour elles que l’on produit en masse. Elles se sont emparées de notre alimentation. La PAC actuelle est à leur service. Elle pousse à la monoproduction ».

Retrouver le Communiqué de Presse du groupe régional EELV ici: tribune-pac-2-septembre-2016-eelv

Photo Crédit Patrice Dézallé

Photo Crédit Patrice Dézallé

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Le Tourisme: une filière industrielle d’avenir en débat! http://www.christelledecremiers.fr/2016/08/le-tourisme-une-filiere-industrielle-davenir-en-debat/ http://www.christelledecremiers.fr/2016/08/le-tourisme-une-filiere-industrielle-davenir-en-debat/#respond Tue, 23 Aug 2016 22:29:40 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=5503 Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires Etrangères et du Développement international, a en charge également le tourisme.

A la suite des inondations qui ont frappé la Région Centre Val de Loire en mai-juin 2016, le ministre est venu soutenir les acteurs du tourisme et s’est rendu notamment aux caves de Montlouis-sur-Loire, sur le site de Chaumont-sur-Loire

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Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires Etrangères et du Développement international, a en charge également le tourisme.

A la suite des inondations qui ont frappé la Région Centre Val de Loire en mai-juin 2016, le ministre est venu soutenir les acteurs du tourisme et s’est rendu notamment aux caves de Montlouis-sur-Loire, sur le site de Chaumont-sur-Loire et sur celui de Chambord. A cette occasion, il a déclaré que le premier touriste en France est français  (85 millions de touristes étrangers et 145 millions de touristes français). Il a annoncé que le gouvernement considérait désormais le tourisme comme « une filière industrielle d’avenir ».

Il a été reçu tout au long de son déplacement par les préfets et les parlementaires, ainsi que par Christelle de Crémiers au nom du Président de la Région François Bonneau.

Lors de la table ronde organisée sur le devenir du contrat de destination Val de Loire entre la Région Centre Val de Loire, la Région Pays de la Loire et l’Etat, Christelle de Crémiers a rappelé qu’il s’agit d’une destination mondiale stratégique qui se construit et se renforce dans la durée et qui exige une continuité au-delà des rythmes des mandats.

Discours lors de la table ronde en présence notamment de:

  • Christophe Degruelle, Président de l’Agglomération de Blois
  • Jean d’Haussoville, Directeur Général du Domaine National de Chambord
  • Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires Etrangères et du développement international
  • Guillaume Garot, Président du Conseil d’Adinistration du Domaine National de Chambord
  • Maurice Leroy, Président du Loir et Cher et Député
  • Christelle de Crémiers, Vice-Présidente de la Région Centre Val de Loire en charge de l’alimentation, du terroir et du tourisme

    Stratégie pour un nouveau tourisme

    Table ronde sur le Tourisme en Val de Loireente de la Région Centre Val de Loire

  • Denys Robillard, Député du Loir-et-Cher

    Après les inondations, repenser le tourisme

    Après les inondations, repenser le tourisme

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Libéralisme économique et environnement (1a/5) http://www.christelledecremiers.fr/2013/09/liberalisme-economique-et-environnement-1a5/ http://www.christelledecremiers.fr/2013/09/liberalisme-economique-et-environnement-1a5/#respond Tue, 10 Sep 2013 22:18:33 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=600 Voici en 5 épisodes le cycle de conférences « Crises et développement durable » que j’ai eu le plaisir de donner aux élèves en Master 2 d’Ingénierie financière. Au programme du cycle de conférences : 1.a et 1.b Libéralisme économique et environnement ; 2. Croissance et soutenabilité ; 3. La monnaie et les banques ;

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Voici en 5 épisodes le cycle de conférences « Crises et développement durable » que j’ai eu le plaisir de donner aux élèves en Master 2 d’Ingénierie financière. Au programme du cycle de conférences : 1.a et 1.b Libéralisme économique et environnement ; 2. Croissance et soutenabilité ; 3. La monnaie et les banques ; 4. De la déréglementation financière à la crise écologique ; 5. L’évasion fiscale (ou : « La boucle est bouclée »). Un merci chaleureux aux élèves pour leur intérêt et leur implication dans la réussite de l’enseignement.


Qu’entend-on par libéralisme économique ? Il est toujours intéressant de revenir aux sources et de définir les concepts. Nous sommes baignés dans un flot d’actualité où les notions « d’économie de marché », de « capitalisme », de « libéralisme », voire, dernièrement de « capitalisme financier », sont utilisées régulièrement, sans pour autant que leur définition soit très claire dans l’esprit de la majorité des spectateurs ou auditeurs.

Une économie de marché se caractérise par une spécialisation des activités et un échange de produits et services. Elle implique l’existence d’un prix d’échange, mais ne définit pas comment est fixé ce prix, cela procède d’un raisonnement ultérieur.

Le capitalisme provient de l’allocation d’un capital et d’un risque. Fernand Braudel voit la naissance du capitalisme dans le financement du commerce au long cours au XIVe siècle. Le coût de construction était certain, mais le retour du navire, avec la bonne cargaison, beaucoup moins. Il s’en est suivi une définition plus générale et plus connue du capitalisme selon la propriété privée des moyens de production. Mais on voit déjà qu’économie de marché et capitalisme peuvent être dissociés.

La pensée libérale est née de manière indépendante des notions d’économie de marché et de capitalisme. Elle procède d’une aspiration profonde, qui a éclos au XVIIIe siècle, à se libérer de la prédestination sociale imposée par la naissance. Si l’accès au pouvoir et à la richesse ne doivent plus être l’apanage d’une bonne filiation, et que tout être humain (au XVIIIe : que tout homme) peut prétendre y accéder, alors il faut en contre-partie garantir au Roi que l’ordre public sera bien maintenu. En d’autres termes, dans la société pré-libérale, où les rôles sociaux sont hérités, l’ordre public découle naturellement : le Roi est le fils du Roi. Quand les frétillants aspirants du XVIIIe siècle ont trouvé que la règle du jeu était un peu dure, ils ont dû répondre à la question de l’ordre public, et plus généralement à celle de la stabilité de la société. Ils ont donc apporté cette réponse fondatrice du pacte social de la pensée libérale : « À l’arbitraire du pouvoir du roi, nous opposons l’intérêt général comme résultante des intérêts individuels exprimés librement. Laissez-nous donc (= légiférez en ce sens) agir, nous enrichir, diriger librement, nous vous assurons en retour que la société ne tournera pas au chaos, mais qu’elle sera, au contraire, stable et prospère. »

Un siècle plus tard, la pensée libérale classique, telle qu’Adam Smith l’avait théorisée, s’est vue complétée par une approche dite néoclassique, dont Léon Walras est l’éminence de référence. L’idée que la somme des intérêts particuliers devait aboutir à l’intérêt général était quand même un sacré pari – on dirait aujourd’hui un « wishfull thinking ». Qu’à cela ne tienne. Walras et bien d’autres mathématiciens ont pris le problème à bras le corps. Il s’agissait de démontrer scientifiquement, mathématiquement, que les libéraux avaient raison. La modélisation mathématique de marchés parfaits (équilibrés, rationnels, efficaces) où les acteurs agissent selon leur intérêt, c’est-à-dire la maximisation de leur profit, a fait fureur et a occupé une place prépondérante dans l’enseignement de l’économie jusqu’à ce jour. Une nouvelle vision de l’homme est apparue, celle de l’homo oeconomicus, un être rationnel, poursuivant son intérêt individuel à condition d’être correctement informé.

De fait, à la prédestination sociale imposée par la naissance, les libéraux néoclassiques ont préféré la prédestination tout court.

Un siècle encore après, le cumul de l’économie de marché, du capitalisme et du libéralisme néoclassique a permis la mondialisation du libre-échange des produits, des services et des marchés financiers, dans le cadre d’une déréglementation, ou plutôt d’une absence de règlementation d’une ampleur jamais atteinte à aussi grande échelle.

Encore très vivace jusqu’aux années 90, l’adage selon lequel « quand la marée monte, tous les bateaux montent » n’est plus usité parmi les défenseurs du système. L’OCDE a dû reconnaître dès 2008 que la déréglementation libérale creusait les inégalités sociales. Dans la patrie d’Adam Smith, aujourd’hui, 5 familles sont à elles seules aussi riches que 12,6 millions de Britanniques. Source : Le Monde/OXFAM.

Force est de constater que le creusement des inégalités, même s’il contredit avec entêtement les thèses néolibérales sur l’intérêt général, reste sans effet sur l’orientation des politiques publiques. Est-ce que le dérèglement climatique sera mieux pris en compte ?

Il faut d’abord établir un lien solide et durable entre le système économique actuel et la crise environnementale, ce qui n’est jamais abordé, ou juste pour dire que l’on veut bien s’occuper d’environnement, quand l’économie se portera mieux.

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Le rêve brisé de l’agriculture hors sol http://www.christelledecremiers.fr/2013/07/le-reve-brise-de-lagriculture-hors-sol/ http://www.christelledecremiers.fr/2013/07/le-reve-brise-de-lagriculture-hors-sol/#comments Sat, 20 Jul 2013 21:08:23 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=594 Par son ampleur et ses enjeux, l’industrialisation de l’agriculture est l’exemple le plus abouti de la logique économique productiviste. En cinquante ans en France, la production du blé à l’hectare a été multipliée par 3, tandis que le nombre d’emplois a été divisé par 4. Les bénéfices sont au rendez-vous. Les 70 milliards d’euros générés

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Par son ampleur et ses enjeux, l’industrialisation de l’agriculture est l’exemple le plus abouti de la logique économique productiviste. En cinquante ans en France, la production du blé à l’hectare a été multipliée par 3, tandis que le nombre d’emplois a été divisé par 4. Les bénéfices sont au rendez-vous. Les 70 milliards d’euros générés par ce secteur en 2012 ont enrichi une poignée de très grosses exploitations gonflées aux épandages automatiques de pesticides et aux subventions européennes.


Côté industrie agroalimentaire, les produits pré-cuisinés, dopés aux additifs, au sel, sucre et graisses, ont enregistré des bénéfices colossaux à la fois en marge et en volume. Sur la même période d’un demi-siècle, le chiffre d’affaires a été multiplié par 4 pour atteindre dès 2000 140 milliards d’euros.

Mais… de fortes menaces pèsent sur ce mode standardisé et hors sol de production et de consommation, fondé sur la destruction (les n-« cides ») et non sur la complémentarité et le respect des ecosystèmes. Les très riches sols de la Beauce s’essoufflent, les rendements stagnent depuis dix ans, la dépendance au pétrole menace et les effets du dérèglement climatique sont déjà très concrets pour les agriculteurs de fruits et légumes.

Le développement des dernières décennies nous a distillé un rêve, qui s’est infiltré dans l’enseignement technique, scientifique, secondaire, supérieur, dans les discours des journalistes et des politiques, dans ceux des dirigeants industriels, et qui a forgé notre perception du monde. Le rêve qui nous berce dans notre quotidien, est celui de considérer la nourriture comme l’air que l’on respire : infiniment disponible et accessible quel que soit notre temps et notre espace. On mange sur le lieu du travail un repas commandé dix minutes avant à la cantine ou au « fast food ». La nature, origine et provenance de la nourriture restent (et doivent rester) absolument mystérieuses. On ignore avec délice comment a été produit, fabriqué, puis acheminé le soda fluorescent, ou bien les lasagnes « au boeuf » que nous consommons pendant la pause déjeuner ou devant la pub à la télé le soir à la maison. Une seule dimension est laissée en pâture pour exercer notre « droit » de consommateurs forcés : le prix. Les premiers prix sont fléchés avec des cocardes couleur pétard pour ceux, de plus en plus nombreux, qui n’arrivent plus à accéder aux autres produits qui s’étalent sur des dizaines de mètres linéaires. Pour l’air comme pour la nourriture, cette ignorance aura bientôt une fin, mais nous n’avons pas été préparés du tout à y faire face.

Dans notre société, ignorer parfaitement tout de ce que l’on ingurgite quotidiennement est à la fois une nécessité, une obligation et une valeur.

Une nécessité, car l’essentiel de notre énergie et de nos efforts doit être concentré sur le travail que nous donne notre employeur dans les services ou l’industrie. Il ne faut pas perdre du temps à faire, ni même à comprendre, comment et où sont produits les aliments que l’on consomme.

Une obligation, car cette ignorance nous épargne bien de déconvenues. « L’incident » de la viande de cheval qui a été porté à la connaissance du public fait figure d’exception… combien d’années en a-t-on mangé à notre insu ? Accepterions-nous de savoir que 9 fois sur 10, l’aliment d’origine animale que nous consommons a été nourri aux OGM ? Que les colorants chimiques hermétiquement désignés par des sigles E211, E108, E110, que personne n’a eu la bonté d’expliquer ni de permettre au grand public de comprendre, renferment des substances provoquant de l’hyperactivité ? Que pour les 300 additifs aujourd’hui autorisés, aucun test n’a étudié les interactions entre eux, alors que les produits industriels en contiennent toujours plusieurs ? Le lobby de l’industrie agroalimentaire livre une bataille acharnée contre l’information du consommateur, notamment sur les principaux éléments que sont le sel, le sucre et le gras, presque toujours en dépassement.

Nécessaire et obligatoire, l’ignorance de la provenance de notre alimentation n’est quand même possible à grande échelle que parce qu’elle correspond à une valeur de notre société. S’intéresser à la terre et à la mer, à la production des aliments, apparaît comme dégradant. L’Homme dépendant de la boue, des pluies, des plantes et des animaux pour survivre, l’Homme qui « domine » la Nature mérite mieux ! Exit donc l’image de la Terre nourricière qui donne et réconforte…

Les effets de la nourriture industrielle commencent cependant un peu à se faire connaître : sur l’environnement d’abord (algues vertes, sols épuisés, nitrates, émissions de gaz à effet de serre – co2 et méthane – épuisement des nappes phréatiques, des poissons en haute mer…), mais surtout sur la santé humaine. L’Inserm vient de publier cette année que l’exposition à des petites doses de poison tous les jours pendant des années (comme les pesticides des fruits et légumes consommés par les générations nées à partir des années 70) a des répercussions sur le métabolisme.

L’augmentation du prix de l’énergie et les bouleversements « cataclysmiques« , selon l’expression de la Banque mondiale, que va subir le climat dans les années à venir, mettront une fin brutale à l’illusion des pays riches et « développés » de se procurer de la nourriture sans effort, hors saisons et hors sol.

Résultat logique, les enfants nés dans les années 2000 ne savent pas ce qu’est une betterave, ni que les pâtes sont faites avec du blé, selon une étude édifiante menée par l’association Santé Environnement France. Pourtant c’est eux qui devront faire face à la grande crise alimentaire qui se prépare. C’est eux qui devront brutalement retrouver un peu de l’autonomie qui a déserté nos sociétés urbaines, qui devront innover, réinventer les circuits courts, les potagers familiaux, les fermes urbaines, la conservation des aliments… Qui les prépare ? Quelle école (pour leur parents c’est un peu tard) ? On sait déjà tout pourtant. Nous en sommes au cinquième rapport du GIEC, le site du Ministère du « Développement durable » publie assez clairement l’état du climat en France et dans le monde.

De très nombreuses solutions existent, mais elles sont cantonnées dans des milieux alternatifs, aucun politique en exercice n’a le courage de les défendre face au lobby des industries agro-alimentaires et agro-chimiques. Les subventions européennes ne sont (toujours) pas accordées au agriculteurs qui n’achètent pas de pesticides aux industriels…

Sources : INSEEEconomie Matin

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« Le basculement est inévitable. » Jean-Pierre Jouyet http://www.christelledecremiers.fr/2013/06/le-basculement-est-inevitable-jean-pierre-jouyet/ http://www.christelledecremiers.fr/2013/06/le-basculement-est-inevitable-jean-pierre-jouyet/#comments Fri, 14 Jun 2013 11:03:57 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=585 L’édition 2013 du Rapport moral sur l’argent dans le monde a été présentée le 13 juin à la Caisse des Dépôts, sous la présidence de son directeur, Jean-Pierre Jouyet. Publié par l’Association d’Économie Financière avec le soutien de la Caisse des Dépôts, l’ouvrage traite de l’entreprise responsable, de la régulation et du contrôle de la

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L’édition 2013 du Rapport moral sur l’argent dans le monde a été présentée le 13 juin à la Caisse des Dépôts, sous la présidence de son directeur, Jean-Pierre Jouyet. Publié par l’Association d’Économie Financière avec le soutien de la Caisse des Dépôts, l’ouvrage traite de l’entreprise responsable, de la régulation et du contrôle de la finance, ainsi que du rapport entre religions et crise financière. Tiraillées entre le constat des limites du système et la réticence à le condamner, les interventions étaient significatives du moment charnière que nous traversons.


La table ronde réunissait des personnalités diverses, de part et d’autre du « basculement ». D’une part, Robert Leblanc, ancien responsable pendant dix ans de l’éthique au MEDEF et Hubert de Vauplane, avocat, chargé des contributions sur les religions. D’autre part, Mathilde Dupré, seule femme de la table ronde, chargée de plaidoyer sur le financement du développement à CCFD-Terre solidaire et Jean Merckaert, rédacteur en chef de la revue Projet. Au milieu du gué, Daniel Hurstel, avocat et Jean-Pierre Jouyet, Directeur général de la Caisse des Dépôts. Les débats étaient animés par Antoine Mérieux de l’Association d’Économie Financière, plus proche de la bonhomie de Robert Leblanc que de la fougue de Mathilde Dupré.

Apparus en 1994, en même temps que naissait un mouvement sans précédent de déréglementation financière, les rapports moraux de l’argent dans le monde, tentent chaque année de dresser les enjeux éthiques et moraux d’une finance mondialisée.

Jean-Pierre Jouyet annonce la couleur d’emblée : il y aura un basculement, mais lui, en fin de carrière, ne le provoquera probablement pas. Il ne peut que constater l’écart sans cesse grandissant entre les discours socio-environnementaux des entreprises, les attentes qu’ils suscitent dans l’opinion, et la dure réalité, qui est celle de la recherche exclusive de la maximisation de la valeur pour l’actionnaire. Son discours est sincère, mais sans espoir. Le basculement se fera sans lui, d’ailleurs il doit partir juste après son allocution. L’effort mental nécessaire pour changer de logiciel n’est plus dans ses cordes désormais. On sent toute l’ambigüité de l’homme qui comprend que la situation est instable, qui appelle à un nouveau sens donné à l’activité économique, mais qui rappelle sans cesse, comme pour se rassurer, que la recherche de la rentabilité reste « indispensable ». De fait, « investir dans les nouveaux transports et dans l’isolement des bâtiments n’est pas incompatible avec la poursuite de la rentabilité de la part des entreprises ».

Daniel Hurstel prolonge l’analyse de Jean-Pierre Jouyet à travers la critique de la gouvernance des entreprises. Le système est instable aussi parce que le rôle des actionnaires a évolué de manière hégémonique. L’exécutif est aux ordres des actionnaires, considérés désormais comme les seuls propriétaires de l’entreprise. Il n’y a donc pas d’espace en termes de gouvernance pour mettre en oeuvre les discours socio-environnementaux qui n’intègrent pas la rentabilité. De fait la RSE, comme la responsabilité fiscale, sont totalement optionnelles. Il n’y a pas de responsable ultime dans ce système qui ne peut, pourtant, « fonctionner sans transgression ». Ainsi, les intérêts des dirigeants et ceux du Conseil d’administration sont en collusion, ce qui conduit inévitablement à des abus, notamment concernant les rémunérations.

Robert Leblanc a choisi de raconter l’histoire qui a fondé le libéralisme voici déjà deux siècles… Le mérite de l’entrepreneur parti de rien, la juste rémunération de l’apporteur de capital, la liberté d’entreprendre… Il défend aussi la parfaite égalité entre tous les actionnaires, entre les plus récents et éphémères et les plus durables, au nom de l’égalité de traitement en fonction du montant apporté et non en fonction du temps.

De l’intervention fournie de Mathilde Dupré (« quand on remet en cause le système dominant, on ne peut pas verser dans le récit légendaire »), on retient que l’entreprise, la grande, est éloignée de toute responsabilité d’intérêt général. Une communication sophistiquée est entretenue pour dissimuler cette crue réalité. Le cabinet de conseil PWC proposait par exemple aux grands groupes de consolider les impôts payés par leurs salariés pour montrer l’ampleur de leur contribution aux dépenses publiques… sans salaires, pas d’impôts sur le revenu ! Le manque à gagner pour l’administration américaine de la part de seulement trois entreprises (Apple, Microsoft et Citygroup) et de 57 milliards de dollars par an.

Jean Merckaert remarque que dans les paradis fiscaux, il n’y a pas que les banques. Une filiale sur trois des 50 premières entreprises européennes est située dans un paradis fiscal. Pour les grands groupes, comme pour les fortunes privées, le conseil en montage offshore est très rentable et mené par les premières banques du pays. Il avance un chiffre choc : pour chaque euro gagné pour son client par un avocat fiscaliste, il y en a 47 de détruits. En la matière, la transparence du reporting obligatoire par pays d’implantation (et non consolidé comme c’était le cas), la mise en réseau internationale pour le contrôle des comptes à l’étranger, ainsi que l’application de sanctions réelles est indispensable pour commencer une régulation fiscale.

Il y eu une seule question, coup de bol : la mienne. Le mythe de l’entrepreneur d’origine modeste qui, parti de rien, s’élève socialement grâce à son travail, a bon dos. Il ne s’agit actuellement plus du tout de lui… et continuer de justifier les dérives des grands groupes au nom du petit entrepreneur relève de la malhonnêteté intellectuelle. La situation actuelle est une crise profonde démocratique et environnementale. Démocratique car il existe plus de cent groupes aujourd’hui, dont le chiffre d’affaires est supérieur au PIB d’un État, qui ont décidé d’être au-dessus des lois fiscales, sociales et du code du travail. Ce ne sont plus les États qui mettent les entreprises en concurrence, c’est l’inverse. Cela se traduit également par une déresponsabilisation des entreprises polluantes face aux externalités que celles-ci génèrent. Si une entreprise détériore irréversiblement un site et la santé de ses habitants, elle aura tout de même encaissé les bénéfices résultant de charges plus faibles, dues à l’absence d’investissement pour préserver l’environnement. Mais les externalités sont bien réelles, et leur coût, pris en charge par la collectivité, directement par la dépollution ou indirectement via la sécurité sociale, l’est aussi.

Les réponses furent bien sûr décevantes, surtout de la part de Daniel Hurstel, qui refusa, malgré son analyse à première vue progressiste, de remettre en cause le fonctionnement des entreprises et leur manière de calculer leurs bénéfices par un contrôle démocratique interne ou par la prise en compte des externalités… Et de défendre la recherche de profit, car c’est « les emplois de demain ». Mathilde Dupré eu le courage, face à une assemblée acquise à la cause productiviste, d’affirmer que le seul combat efficace contre l’évasion fiscale était de repenser le rôle de l’entreprise et sa responsabilité d’un point de vue global.

Jean-Pierre Jouyet était parti depuis longtemps, mais son allocution, malgré sa prudence, maintient mon espoir. Si le système doit basculer, peu importe finalement la rengaine sur la dérégulation au nom de la création d’emploi qui sévit dans tous les discours économico-financiers, malgré les chiffres des trente dernières années qui la contredisent… Il faut simplement être prêts à changer de cap.

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Paradis fiscaux, la transparence maintenant ! http://www.christelledecremiers.fr/2013/02/paradis-fiscaux-la-transparence-maintenant/ http://www.christelledecremiers.fr/2013/02/paradis-fiscaux-la-transparence-maintenant/#respond Tue, 26 Feb 2013 17:09:24 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=576 Cet article est paru dans l’édition du 12 février de Libération, le jour de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi de séparation et de régulation des activités bancaires.

En 2007, la Cour des comptes évaluait à 30 milliards d’euros la somme soustraite au budget de la nation par l’évasion fiscale. Cinq

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Cet article est paru dans l’édition du 12 février de Libération, le jour de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi de séparation et de régulation des activités bancaires.

En 2007, la Cour des comptes évaluait à 30 milliards d’euros la somme soustraite au budget de la nation par l’évasion fiscale. Cinq ans plus tard, la commission d’enquête du Sénat en a estimé le double : ce sont 60 milliards d’euros, c’est-à-dire l’équivalent des intérêts de la dette de l’Etat, qui partent chaque année au soleil. Sans évasion fiscale pendant les dix dernières années, la dette de la France serait de 59% du PIB conforme, donc, aux critères de convergence de l’eurozone au lieu de 90%.


A l’heure où l’austérité menace les familles au nom de la réduction des déficits publics et où la transition écologique exige des investissements de long terme dans l’économie réelle, la lutte contre l’évasion fiscale doit être une priorité du législateur. Français comme Européen. L’ampleur des sommes en jeu implique l’existence d’un montage industriel d’évasion vers les paradis fiscaux (îles Caïmans, Philippines… mais aussi Luxembourg, Suisse, Monaco) et donc la complicité nécessaire d’un établissement financier. En 2009, les grandes banques françaises totalisaient 460 filiales dans les paradis fiscaux, et une des plus connues réalisait la moitié de son bénéfice annuel consolidé au Luxembourg. Les établissements financiers mettent à profit les avantages fiscaux offerts dans les paradis fiscaux pour le compte de leurs clients, grandes fortunes ou grandes entreprises mais aussi pour leur propre compte.

L’accès relativement facile à l’évasion fiscale est la clé de voûte du système financier déréglementé, où 97 % des transactions relèvent du marché de la spéculation. L’opacité du système d’évasion fiscale repose largement sur l’insuffisance des règles de publication financière, qui permettent aux banques de déterritorialiser les chiffres d’affaires et les résultats de leurs établissements. Le projet de loi sur la séparation et la régulation des activités bancaires, en lecture à l’Assemblée à partir d’aujourd’hui, est encore insuffisant pour mettre fin à des pratiques aussi répandues que délétères pour la cohésion sociale. La loi devrait inscrire l’obligation de publier dès l’exercice 2013 dans les comptes annuels des banques les chiffres d’affaires, les effectifs, les résultats nets et les impôts pays par pays. Pour les deux premiers éléments, l’amendement adopté en commission des finances le 6 février, à l’initiative du groupe écologiste marque une avancée fondamentale. Mais il faut aller plus loin encore, en demandant aussi la publication pays par pays du résultat net et des impôts. Les tentatives en faveur de la transparence financière ont été nombreuses, mais infructueuses jusqu’à présent. Parmi celles-ci, l’amendement au projet de loi de finances rectificative 2011, déposé par des sénateurs écologistes et socialistes pour rendre obligatoire la comptabilité pays par pays de tous les établissements bancaires et financiers contractant avec l’Etat, adopté par le Sénat, avait été rejeté par l’Assemblée. En juin 2010, le conseil régional d’Ile-de-France, à l’initiative du groupe EE-LV, a introduit dans son règlement budgétaire l’exigence de transparence financière de la part de ses partenaires bancaires et financiers. Dix-sept autres conseils régionaux ont depuis adopté une disposition similaire.

L’expérience a montré que les banques ne jouent pas le jeu. Seule la force de la loi peut les amener à la transparence, condition d’une régulation et d’une réduction de leur activité dans les paradis fiscaux. La lutte contre les paradis fiscaux, face à des citoyens confrontés à l’austérité et au chômage, ne peut plus souffrir de l’alibi du «problème technique» pour publier les comptes pays par pays, invoqué par les avocats des grandes banques. Il est temps d’instaurer par la loi une transparence efficace et démocratique face à l’opacité actuelle des pratiques de la finance.

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Internet au service d’une règlementation des marchés financiers http://www.christelledecremiers.fr/2013/02/internet-au-service-de-la-reglementation-bancaire/ http://www.christelledecremiers.fr/2013/02/internet-au-service-de-la-reglementation-bancaire/#respond Mon, 04 Feb 2013 23:39:50 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=571 A l’occasion du Forum organisé par Libération où j’animais la table ronde « Internet : quelles révolutions ? », la question du rôle clé d’Internet dans la déréglementation sauvage des quinze dernières années, et son rôle dans une re-règlementation a été posée.

Cet article a été publié sur liberation.fr.

Sans

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A l’occasion du Forum organisé par Libération où j’animais la table ronde « Internet : quelles révolutions ? », la question du rôle clé d’Internet dans la déréglementation sauvage des quinze dernières années, et son rôle dans une re-règlementation a été posée.

Cet article a été publié sur liberation.fr.


Sans doute Internet a-t-il permis la révolution dans la finance internationale. La dérèglementation sauvage initiée par l’administration Reagan au début des années 80, a connu un tournant décisif à la fin des années 90, en particulier grâce à la technologie Internet. Les responsables politiques, financiers et académiques, reliés par de nombreuses collusions d’intérêt, ont pu s’appuyer sur une technologie de réseau pour mondialiser des profits vertigineux.

Mais si Internet a été le catalyseur de l’expansion déréglementée des marchés financiers, il le sera autant du cantonnement de la finance au service de l’économie réelle. Toute re-règlementation devra s’appuyer aussi sur cette technologie. La finance connaîtra alors sans doute une nouvelle révolution Internet.

Comment la cupidité, selon le terme désormais fameux de Joseph Stieglitz, a-t-elle pu prendre les commandes mondiales en moins de quinze ans ? Il y a bien sûr le lobbying intense et fortement rémunérateur des grandes banques auprès de l’administration américaine, en particulier. Les visées de la déréglementation sont simples : offrir le degré de liberté maximum, sans contrepartie en termes de responsabilité pénale et civile. Mais l’ampleur du phénomène est due essentiellement aux nouvelles possibilités offertes par la technologie des logiciels de high frequency trading et par Internet.

Internet a permis la constitution d’un marché financier mondial dans lequel les droits d’entrée pour un nouvel opérateur financier sont faibles. Cette facilité à l’entrée a entraîné la multiplication des acteurs et celle des transactions. Les règles prudentielles sur l’endettement du secteur bancaire commercial ne s’appliquent pas aux fonds spéculatifs, aux private equity, aux assureurs.

Le marché des dérivés financiers se fait de gré à gré, hors champ de contrôle des chambres de compensation. À la fois la facilité d’accès au réseau et l’absence de contraintes, a entraîné la création de très nombreux acteurs du «marché gris» et a contribué fortement à l’augmentation sans précédant de la masse monétaire en circulation virtuelle. La croissance monétaire mondiale a été de 15 % par an de la fin des années 90 à 2008. Puis en 2008, la finance mondiale a perdu 25 mille milliards de dollars… qui ont été privatisés. Car les crises permettent de convertir massivement des titres de dettes qui circulent en capital sonnant et trébuchant sur des comptes privés. Depuis 2008, business as usual, la croissance monétaire mondiale a repris de plus belle, elle est de 30 % par an.

Internet a aussi permis le développement de l’évasion fiscale. Dès 2000, le rapport d’information du sénateur Marini dénonçait déjà la facilité offerte par Internet pour trouver des officines spécialisées dans l’implantation d’activités dans les paradis fiscaux. «N’importe qui peut ainsi avoir recours à une prestation de services d’optimisation fiscale par la localisation la plus efficace. Ces officines sont elles-mêmes implantées offshore, à l’abri de la juridiction de tout organe de contrôle national ou international.»

La remise de la finance au service de l’économie, encore à réaliser, devra passer par une re-règlementation des marchés financiers, mais pas par celle d’Internet, qui doit demeurer l’outil de réseau du libre-échange de l’information. Les mesures à prendre pour que le système financier ne constitue plus une bombe à retardement qui explose régulièrement sont connues.

Parmi ces mesures, figurent, outre l’interdiction pure et simple des paradis fiscaux, une séparation bancaire organique entre les métiers de dépôt et de spéculation, puis entre ceux de créateur de monnaie et de prêteur, que permet le «100 % monnaie», c’est-à-dire l’obligation pour les établissement financiers de détenir des réserves auprès des banques centrales égales à 100 % de leurs comptes courants, contre 2 % aujourd’hui.

Pour chacune de ces mesures, Internet jouera un rôle clé. Par son rôle de transparence, il est un outil précieux de contrôle démocratique. Ce rôle est aujourd’hui muselé par la rémanence du problème fondateur d’une banque qu’est celui de la différence de liquidité entre son passif et son actif. Cette différence oblige les banques à entretenir un mensonge par omission structurel sur l’état de santé de leurs comptes, car avouer une difficulté publiquement entraîne aujourd’hui de facto une aggravation de cette difficulté.

Avec le «100 % monnaie», cette différence disparaît, et avec elle l’opacité des comptes. Internet peut alors jouer son rôle de transparence et introduire dans le monde financier un contrôle démocratique aujourd’hui illusoire. Avec l’exception notable de l’Islande, dont le refus de saigner les Islandais en 2008 vient d’être conforté par l’AELE*, c’est en effet le contribuable qui a renfloué par centaines de milliards d’euros ou de dollars les établissements financiers américains, espagnols, irlandais, français… à l’insu de son plein gré. Permettre un contrôle démocratique des marchés financiers est une révolution encore à peine imaginable, une nouvelle révolution dans le monde de la finance portée par Internet.

* Association Européenne de Libre-Échange

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Écologie et/ou capitalisme ? http://www.christelledecremiers.fr/2013/01/ecologie-etou-capitalisme/ http://www.christelledecremiers.fr/2013/01/ecologie-etou-capitalisme/#respond Sun, 27 Jan 2013 17:35:43 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=565 Écologie et capitalisme sont-ils opposés ou compatibles ? C’est la question à laquelle j’ai tenté de répondre lors d’une Conférence d’ouverture donnée aux élèves du Master II d’Ingénierie financière de Paris XII le 10 janvier dernier.

Pendant trois heures, nous avons passé en revue les définitions et les hypothèses qui caractérisent le

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Écologie et capitalisme sont-ils opposés ou compatibles ? C’est la question à laquelle j’ai tenté de répondre lors d’une Conférence d’ouverture donnée aux élèves du Master II d’Ingénierie financière de Paris XII le 10 janvier dernier.


Pendant trois heures, nous avons passé en revue les définitions et les hypothèses qui caractérisent le système économique en vigueur, l’économie de marché capitaliste, libérale, néoclassique, monétariste et mondialisée. Pour ensuite démontrer que chacune des affirmations et hypothèses sur lesquelles est fondé le système actuel ne se vérifient pas à la lumière des faits. Les marchés seraient donc inefficients et le développement, limité.

Une nouvelle macro-économie doit voir le jour fondée sur une prospérité sans croissance, l’introduction juridique des biens communs aux côtés des biens privés et des biens publics et, surtout, un renforcement spectaculaire de la démocratie. La montée en puissance des marchés financiers a accompagné une baisse significative de la qualité démocratique.

Avec leur professeur, qui est aussi le directeur du Master, nous avons prévenu les élèves qu’il s’agissait d’une première et que leurs retours seraient très appréciés pour améliorer les conférences suivantes. Comment allaient-ils réagir ?

Ce qui m’a frappée en premier, c’est le degré de découverte de la part des étudiants. Leur niveau d’information sur la crise écologique, la crise climatique, les nombreuses interactions entre crise financière, crise économique et mise en danger de notre habitat terrestre était finalement assez faible… « Pourquoi ne nous a-t-on pas enseigné cela auparavant ? » C’était un cri du coeur que je n’oublie pas.

Je pensais au début que j’allais devoir batailler à chaque argument avec des spécialistes de la défense du libéralisme financier. Du fait de leur jeunesse, sans doute, ils ne se sont pas sentis solidaires d’une chaîne de pouvoir hiérarchique qui permet de gagner des sommes déconnectées de toute valeur ajoutée réelle. Ils pouvaient donc, en toute liberté, écouter, confronter, demander, comprendre.

« De toutes manières, qu’est-ce que l’on peut faire ? Rien ne changera… » Le sentiment d’écrasement face à la tout-puissance d’un système économico-politique s’est dégagé de plusieurs élèves. Le système actuel est fondé sur une dérèglementation qui a atteint son paroxysme en 2007 avec l’application de la directive européenne MIF qui met en concurrence les places boursières entre elles. Il concerne tous les domaines économiques, du crédit immobilier au négoce de la viande dite « bovine », partout dans le monde.

A la séance suivante, les élèves ont été invité-es à donner leur évaluation au directeur du Master. Ils ont demandé à ce que ce cours soit intégré dans le corps d’enseignement à la rentrée 2013.

Très touchée par cette confiance, je remercie les élèves pour leur accueil et leur intérêt et, tout particulièrement, le directeur du Master Pierre Astolfi, de m’avoir offert cette chance.

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Démocrates et écologistes, à quand le premier dialogue ? http://www.christelledecremiers.fr/2012/08/democrates-et-ecologistes-a-quand-le-premier-dialogue/ http://www.christelledecremiers.fr/2012/08/democrates-et-ecologistes-a-quand-le-premier-dialogue/#comments Mon, 27 Aug 2012 20:39:43 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=561 Cet article a été publié dans Libération, édition du 22 août 2012 et sur liberation.fr.

Beaucoup de valeurs les rapprochent. Pourtant, les démocrates issus de l’ancienne UDF et les écologistes, aujourd’hui presque tous rassemblés dans EE-LV, ne se fréquentent pas. Un certain nombre de barrières ont empêché leur rencontre, mais celles-ci commencent à disparaître,

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Cet article a été publié dans Libération, édition du 22 août 2012 et sur liberation.fr.

Beaucoup de valeurs les rapprochent. Pourtant, les démocrates issus de l’ancienne UDF et les écologistes, aujourd’hui presque tous rassemblés dans EE-LV, ne se fréquentent pas. Un certain nombre de barrières ont empêché leur rencontre, mais celles-ci commencent à disparaître, laissant la voie libre à une possible recomposition politique à l’heure des nouveaux enjeux mondiaux de l’énergie.

La droite modérée, dite orléaniste, préfère la raison aux faits, la liberté à l’ordre, la responsabilité individuelle à l’autorité. Elle fait siens les acquis de la Révolution et défend la liberté d’entreprendre. Rassemblés dans l’UDF, puis dispersés, les héritiers de la droite modérée, que l’on appelle ici démocrates, se sont répartis dans plusieurs formations politiques de la droite et du centre, le Modem, le Nouveau Centre, l’Alliance centriste, le courant centriste de l’UMP, le PRV…

Première convergence avec les écologistes, une attirance pour la décentralisation et une même méfiance vis-à-vis de l’Etat jacobin, qui exercerait son pouvoir, non pas dans le sens de l’intérêt général, mais dans celui des plus forts. Car démocrates et écologistes partagent une même approche de l’intérêt général, inscrite dans la durée. Dénoncer la dette, financière pour les uns, écologique pour les autres, au nom du poids que l’on fait injustement peser sur les générations à venir, structure leur combat contre les abus de pouvoir. En France, où l’Etat et les grands groupes entretiennent des liaisons dangereuses, c’est une des spécificités qui les distingue des gaullistes et des socialistes. Pas étonnant que les énarques aient toujours préféré adhérer à l’UMP ou au PS.

Inspirés par l’universalité des valeurs démocratiques pour les uns, et par le caractère planétaire du destin commun de l’humanité pour les autres, ils ont soutenu fermement l’idée d’une Europe politique pour la paix, pour la justice sociale, une Europe fédérale, une Europe des régions. Ils déplorent autant les uns que les autres la déviance ultralibérale, insuffisamment démocratique et encore trop intergouvernementale de l’Union européenne d’aujourd’hui.

Sans surprise, même si c’est pour des raisons différentes, démocrates et écologistes se sentent à l’étroit dans le bipartisme. Ils se posent les mêmes questions existentielles au moment où ils doivent prendre la décision douloureuse de s’allier avec un des deux grands partis pour avoir des élus. Ils savent que toute alliance réduit la qualité démocratique et la production d’idées nouvelles, mais ils savent aussi que, pour faire vivre leurs idées, un réseau d’élus et un groupe parlementaire sont nécessaires. En attendant la VIe République qu’ils souhaitent tous deux, ils ont bien dû appeler à voter au second tour de la présidentielle 2012. Et là, grâce aux turpitudes du quinquennat Sarkozy, une partie des démocrates a appelé à voter François Hollande. Une petite barrière est tombée.

Il y a encore deux grandes barrières qui séparent les écologistes des démocrates. Et c’est l’évolution de la société et des connaissances qui, peu à peu, les érode. Le rapprochement ne serait plus qu’une question de temps… Première barrière, les positions sociétales. Pour la droite modérée, surtout version chrétienne-démocrate, «l’écolo» ressemblerait furieusement au hippie des années 60, irresponsable utopiste aux mœurs dissolues. Cette caricature date un peu. L’évolution des mentalités sur les différents types de famille, sur l’homosexualité, sur l’égalité des droits entre hommes et femmes, a comblé une partie du fossé qui séparait démocrates et écologistes dans les années 70.

Deuxième barrière, le credo de l’économie. Difficile de remettre en question, comme le font les écologistes depuis quarante ans, le dogme de la croissance créatrice d’emploi, du capitalisme financier autorégulé et des profits prioritaires des entreprises productivistes. Difficile, disent les démocrates et l’opinion publique en général, de critiquer les bénéfices des industriels, la création de milliers d’emplois et le répit d’une dizaine d’années de pétrole pour de «sombres considérations environnementales». A cette incompréhension monolithique entre les deux parties, la crise économique de 2008 a porté la première brèche à l’échelle mondiale.

La reconnaissance croissante du caractère injuste et non durable du système économique et financier actuel, sur fond de crise écologique provoquée par l’activité humaine, offre un cadre propice au dialogue entre ces deux familles d’innovateurs, à contre-courant des idées reçues, que sont les écologistes et les démocrates. Un dialogue qui apparaît désormais indispensable pour éviter, à l’heure de la pénurie des ressources et de l’énergie, qu’une dérive autoritaire et nationaliste apparaisse comme une solution. L’entrée de la Chine et de l’Inde dans la course à l’équipement nous rapproche du choc pétrolier final. Pour ne citer que cet exemple, la moitié du prix de revient des céréales dépend du pétrole. Une transition écologique et démocratique de la politique énergétique est nécessaire et urgente. Nul doute qu’un dialogue entre démocrates et écologistes accélérera la prise de décision.

Malgré de nombreuses valeurs communes, écologistes et démocrates ne se sont presque jamais parlés. Mais les temps changent, les barrières qui ont empêché le dialogue commencent à disparaître. De nouveaux enjeux apparaissent au fur et à mesure que la production et la consommation mondiales dépassent chaque année le record de l’année précédente, tandis que des ressources naturelles s’épuisent définitivement. De nouveaux enjeux qui appellent démocrates et écologistes à se rencontrer, à se connaître. C’est le souhait, entre autres, de nombreux militants d’EE-LV, qui lanceront à l’automne une convention nationale ouverte sur les orientations stratégiques à venir. C’est le moment de poser les bases d’un dialogue qui permettra de construire ensemble une transition écologique et démocratique de l’énergie, largement comprise et soutenue dans la société.

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Le Président de la transition ? http://www.christelledecremiers.fr/2012/05/le-president-de-la-transition/ http://www.christelledecremiers.fr/2012/05/le-president-de-la-transition/#comments Fri, 18 May 2012 14:55:45 +0000 http://www.christelledecremiers.fr/?p=552 Il a été élu sous le slogan du Changement. Après le quinquennat secoue-tout de Nicolas Sarkozy, le changement de François Hollande c’est l’apaisement d’avoir retrouvé ses marques. Ce en quoi croyaient et continuent de croire les Français : l’école de la République et la méritocratie, l’importance de la culture, la justice fiscale, la finance au

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Il a été élu sous le slogan du Changement. Après le quinquennat secoue-tout de Nicolas Sarkozy, le changement de François Hollande c’est l’apaisement d’avoir retrouvé ses marques. Ce en quoi croyaient et continuent de croire les Français : l’école de la République et la méritocratie, l’importance de la culture, la justice fiscale, la finance au service de l’industrie, une Justice pour tous, un gouvernement engagé pour l’emploi et pour la croissance… Bref, le changement, c’est retrouver, après la parenthèse remuante du sarkozysme, la politique humaniste, modérée et libérale que les Français connaissent depuis De Gaulle et que tous les présidents, Chirac comme Mitterrand, ont suivie.

Nicolas Sarkozy nous a fait vivre en apnée pendant dix ans, notre souffle suspendu au rythme effréné des « casse-toi pauv’ con », du Kärcher, du démantèlement du service public, de la police et de tout ce qui coûte de l’argent, de HADOPI et du Fouquet’s. Appliquant à la lettre le théorème de Gramsci qui veut que la victoire en politique soit l’aboutissement d’une hégémonie idéologique, Nicolas Sarkozy s’est appliqué à grands renforts de communication, pendant les cinq ans qui ont précédé son élection, à orienter le débat public. S’il a été élu en 2007, c’est parce qu’une majorité de Français a rêvé et cru possible de gagner plus. En échange, ils ont eu une présidence déstabilisante, qui a remis en question les fondamentaux de la Ve République, ceux que ni la droite ni Mitterrand n’avaient remis en question depuis un demi-siècle, une « certaine idée de la France »…

Certains, comme Michael Foessel dans Libé, se sont étonnés que la victoire de Hollande en 2012 n’ait pas été précédée d’une diffusion dans le débat public des thèses de la gauche. Les valeurs mises en avant spontanément par les media et le public, la Nation, l’autorité, le travail, sont toujours celles du sarkozysme, et les résultats électoraux montrent que la France est restée idéologiquement à droite. C’est que la victoire de Hollande est moins la victoire de la gauche que celle de la politique « habituelle » de la Ve République, celle où l’on nous dit que la France est le pays des Droits de l’Homme, de l’égalité des territoires et de l’excellence industrielle et technologique. C’est pourquoi, peut-être, il a tenu, lors de son investiture, à décliner les oeuvres de tous ses prédécesseurs depuis De Gaulle, exception faite de Nicolas Sarkozy, pour qui François Hollande s’est limité à lui transmettre ses voeux pour « la nouvelle vie qui s’ouvre devant lui ».

La campagne qui s’est déroulée en 2012, aurait pu, tout comme le programme du candidat vainqueur, tenir le même langage en 1981, 88 ou 95. Les mêmes thèmes, les mêmes lignes de clivage… et les mêmes solutions. Face à la fracture sociale, le rempart de la République égalitaire et laïque, face à l’exclusion sociale, les mannes du progrès, celui qui fait que nous « vivons mieux d’une génération à l’autre ». Face à la crise, « le redressement de notre production », et la croissance, toujours la croissance.

En 2007, le Pacte écologiste de Nicolas Hulot et, probablement, les convictions de Ségolène Royal, avaient fait la part plus belle à l’écologie pendant la campagne. Même Nicolas Sarkozy s’était senti obligé de faire un Grenelle, histoire d’étouffer les ardeurs tout au long du quinquennat. La campagne de 2007 avait abordé les défis spécifiques du XXIe siècle. La crise écologique, la finitude des ressources, la remise en question du sens du PIB, la prise de distance avec les lois du marché et avec le capitalisme financier, étaient autant de thèmes de la campagne de 2007. Avec la crise mondiale de 2008, l’opinion publique occidentale s’était mobilisée encore davantage. Indéniablement, il y a avait une fenêtre de tir pour les écologistes qui prêchaient dans le désert depuis quarante ans.

Puis en 2012, « business as usual », comme si de rien. Déçus, désorientés, les écologistes et les ONG le dénoncent abondemment, pour l’environnement, « un nouveau Grenelle ne suffira pas. » Car les maigres paragraphes consacrés au sujet parmi les 60 mesures pour la France du candidat socialiste, relèvent plus de la méthode que de l’orientation politique. Or en matière d’environnement, il n’y pas de compromis possible. On ne négocie pas avec le climat, les espèces marines ou les algues vertes. Il faut fixer le cap et laisser démocratiquement la méthode pour y parvenir se mettre en place. Symboliquement, la confusion récurrente, jusqu’au nom du ministère, que les socialistes font entre l’environnement et l’écologie, montre combien la route sera longue.

Quand on est écologiste, on pense que les crises actuelles ne seront pas résolues à coup de production industrielle, ni de croissance du PIB. On pense que les marchés ne sont pas spontanément vertueux et que les dérèglements climatiques ne connaissent pas de frontières. La social-démocratie du XXe siècle n’est pas adaptée pour répondre aux crises du XXIe.

Après avoir goûté au néo-conservatisme version française, le retour au rassemblement républicain, laïc et juste de notre bonne vieille Ve République fait du bien. Mais le temps de François Hollande aura une fin. Gageons, souhaitons, espérons qu’il sera le Président de la transition vers une politique nécessairement inédite en matière de production et de consommation, une politique du quotidien, de la proximité, affranchie des exigences des grands groupes qui se sont imposés aux gouvernements successifs. Le président Obama qui joue sa réélection, a choisi dernièrement de casser l’accord tacite de reconduction des allègements fiscaux (4 milliards de dollars) en faveur des pétroliers. C’est l’espoir d’un coup d’envoi qui pourrait être repris par les autres pays.

La social-démocratie, parce qu’elle ne remet pas en cause le système productiviste fondé sur la croissance du PIB, n’a pas les outils pour faire face à la crise écologique actuelle, ni à ses conséquences économiques, sanitaires et sociales. Elle peut, cependant, être le passeur qui va nous conduire en sécurité vers l’autre rive. À quai, l’option radicale et nationaliste se prépare à prendre la relève, elle guette le moment où le bateau commencera à prendre de l’eau. Ses réponses autoritaires à la crise écologique sont prêtes. Sur l’autre rive, l’écologie politique, avec sa vision positive et ses réponses démocratiques, sera-t-elle prête à temps ? Ne restons pas au milieu du gué.

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